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martes, 6 de diciembre de 2022

LOUIS-MARIE VIGNE, UN SEMEUR DE NEUMES

Fondateur et président du Chœur grégorien de Paris, Louis-Marie Vigne est décédé à Paris le 20 juillet dernier après d’une longue maladie, en laissant autour de lui une pléiade de continuateurs dans ce domaine si particulier de l’art sacré, mais aussi le souvenir d’un homme d’une générosité et d’une courtoisie hors du commun.

« Il faut goûter le grégorien... », aimait dire Louis-Marie Vigne à ses élèves venus de tous les coins de la planète pour recevoir son enseignement. La découverte de la beauté de la Parole de Dieu en tant que vraie nourriture conçue par la Tradition de l’Église pour l’incarner dans le moment présent était son objectif car, il en était convaincu, « le chant grégorien est une musique tout à fait contemporaine ».

L’homme qui vient de nous quitter avait une manière de transmettre son art fortement enracinée dans sa profonde conviction que le grégorien est pure prière et qu’il exprime la nature humaine avec toutes ses nuances, que sa valeur et sa beauté hors le temps « naissent justement de la répétition, et donc de la mastication de la Parole sacrée » chantée dans le cadre d’un répertoire qui a traversé les siècles.

UNE MISSION, UNE VIE

Louis-Marie était né le 6 novembre 1953 à Neuilly-sur-Seine, au sein d'une famille nombreuse et d’une profonde vie chrétienne où l'art, les langues étrangères et les choses de l’esprit s'y donnaient la main d’une manière naturelle. En effet, son père « explorait les textes sacrés des grands religions  à la recherche de ce qu’elles contenaient d’élevé », selon ses propres mots (1), et sa mère se livrait à l’étude du mandarin et de la médecine chinoise. Cette langue a beaucoup intéressé le jeune garçon, qui fut confié aux soins d'une nurse chinoise. Il voulut même devenir missionnaire en Chine, avant de prendre connaissance du chant grégorien !

Puis, il a commencé sa formation musicale dans une maîtrise de chant sacré, la chorale Sainte-Croix de Neuilly, et il a étudié l'orgue avec Emmanuel de Villele. Dès l’âge de 17 ans, il assure un service dans une paroisse comme organiste. C’était à l’église de l’Immaculée-Conception de Boulogne-Billancourt, et il le faisait avec goût et plaisir, conscient de l'importance d'une liturgie bien servie par la beauté.

 

Louis-Marie Vigne pendant les Rencontres grégoriennes, à Paris (2011).

Il semble que cette vocation pour l’action missionnaire a trouvé sa place définitivement dans l'âme de Louis-Marie dix ans après, lorsque il est allé à l'abbaye de Solesmes afin de préparer ses examens ; une sorte de déclic si on pense au déroulement de sa vie d’alors. Il dira dans la dernière interview qu’il a donnée aux médias (2): « Durant l'office de Vêpres, j'ai entendu un Ave maris stella, et là, je me suis dit : j'ai trouvé ce que je cherchais ». Vocation (car en fin de compte, c’est Dieu li-même qui est le destinataire) à étudier, pratiquer et puis à transmettre le chant grégorien comme un vrai missionnaire de la Parole chantée. Un missionnaire qui va à la recherche de l'autre quelles que soient ses origines ou sa culture, d'après cet instrument d'oraison qui est le grégorien, et qui est convaincu de son efficacité comme voie d’évangélisation.

Le tout premier vinyle enregistré par le CGP en 1982 dans l’Église évangélique allemande (Erato/RCA) Le dernier CD du CGP a été Prière pour temps de détresse, sous la direction de Louis-Marie Vigne, et en collaboration avec les moniales de l’abbaye de Rosans, sous la direction de Tobbias Dreher (édition à compte d'auteur, 2019).

LE CHŒUR GRÉGORIEN DE PARIS, UN PONT AVEC L’AUTRE

Louis-Marie avait 18 ans quand avec son frère Jacques et ses amis Mgr Patrice Descourtieux et Pascal Guillaume parmi d'autres, il a commencé à chanter le grégorien dans une petite église romane du Vexin. C'était dans cet esprit spontané, « de manière très simple » tel qu’il assurait (3), qu'est né le Chœur grégorien de Paris (CGP), un nom proposé par André-Gustave Madrignac, auteur d’une ouvrage de valeur sur le grégorien (4) qui a assuré la toute première formation du groupe naissant.

En 1973, la rencontre entre le jeune homme et dom Jean Claire, maître de chœur de l'abbaye de Solesmes fait découvrir un univers différent. « A partir de 1976 nous nous sommes rendus à Solesmes et avons travaillé une semaine par an, dix années de suite » (5). Il faut dire que ce lien étroit avec l'abbaye de Solesmes (6) a été durable, en profitant de l'enseignement notamment de dom Eugène Cardine, dom Jean Claire ou dom Jacques Hourlier.

Le CGP – désormais érigé en association Loi 1901 – commençait sa longue marche : en 1977, première messe chantée au Val-de-Grâce, qui fut le centre de gravité de toutes les activités liturgiques du Chœur pendant plusieurs années; en 1981, création de l'Association des Amis du CGP qui apporte un soutien matériel, puis un projet que Louis-Marie a réussi à l'organiser en 1985 avec un énorme succès: un premier Congrès international de Chant grégorien à Paris sur le thème : « Actualité et pérennité du chant grégorien », où se sont réunis au Val-de-Grâce trois cents représentants venus de trente-deux pays différents.

L’année suivante, outre les tournées à travers la France, ont suivi des voyages vers les pays d’Europe comme la Norvège et beaucoup plus loin : le CGP tenta l’aventure de traverser le rideau de fer jusqu’en Russie. Puis ce fut l’Orient : la Chine, la Corée, et aussi Pays-Bas, Liban, Tchéquie, Roumanie, Colombie, Égypte, Japon, Philippines, Suisse... Un beau symbole qui exprime l’universalité du grégorien comme un « pont avec l’autre » (7).

Mais cette activité n’était pas seulement la diffusion : une activité liturgique régulière était et est toujours essentielle pour le CGP. Depuis 1987 et pendant trente ans, les Semaines Saintes étaient entièrement vécues et chantées dans l’abbaye de Fontfroide, et puis récemment à Granville et l’abbaye de la Lucerne  dans la Manche. Tous les dimanches, les messes et certains offices chantés d’abord au Val-de-Grâce, puis dans la crypte des Missions Étrangères, rue du Bac, et actuellement à la Chapelle Saint-Vincent-de-Paul chez les Lazaristes…

Louis-Marie Vigne a produit avec le CGP plusieurs disques, qui furent bien reçus par le public et par la critique : le CGP a obtenu en 1993 le prix Liliane-Bettencourt pour le chant choral, en partenariat avec l'Académie des Beaux-Arts.

Un événement notable a été la création en 1997 du Chœur grégorien de Paris-Voix de femmes, un ensemble exceptionnel avec lequel la branche masculine du CGP partage le plus souvent ses activités.

 
Une messe chantée par le CGP (19 juin 1977), dirigée par André-Gustave Madrignac. On peut voir Louis-Marie au premier rang.

ENSEIGNER LE GOÛT POUR LES CHOSES PERMANENTS

En 1985, jugeant que l’enseignement de l’Institut catholique de Paris, « était trop théorique », Louis-Marie Vigne crée une classe de chant grégorien au Conservatoire national supérieur de Paris (CNSMDP) avec une approche notamment pratique, ce qui doit correspondre à une tradition vivante. C’était un enseignement « très bien accueilli, notamment grâce à l’épouse d’Olivier Messiaen, Yvonne Loriod » (8). Avec Messiaen, qui aimait le chant grégorien au point de dire que « le chant grégorien est le plus beau trésor que nous possédions en Europe » (9), s’est établie une relation d’amitié et admiration mutuelle. Lui, le grand compositeur Français qui enseignait au CNSMDP l’analyse musicale en commençant pour le grégorien, avait trouvé en Louis-Marie un éminent successeur, tâche qu’il a assumée pendant plusieurs décennies.

Un dernier pas dans ce long parcours afin de transmettre « les choses permanentes », selon une expression favorite de Louis-Marie (10) se réalisa en 2006, par la création de l’École du Chœur grégorien de Paris. Il s’agit d’une toute nouvelle structure académique, basée justement sur ce concept de transmission de la tradition reçue (sachant que ce mot vient de tradere qui veut dire en latin « donner»). A l’École du Chœur grégorien de Paris, Louis-Marie a su grouper des élèves de toutes provenances. Son enseignement était personnalisé; transmettre la flamme en maintenant la qualité. Pour cela, il a pu réunir un corps enseignant de haute niveau dans tous les aspects théoriques et pratiques de cette discipline artistique sacrée.

 
Louis-Marie présentant son enseignement au CNSMDP en 2016. En 2021, un recueil de ses articles, édité par le CGP sous le titre Un chant grégorien, what else ? met en lumière sa pédagogie (image prise de https://www.conservatoiredeparis.f/fr/medias/video/presentation-de-louis-marie-vigne ).

Un congrès consacré à la transmission vivante du chant grégorien s’est réuni en 2011 sous le nom de « Rencontres grégoriennes – chant grégorien, acte liturgique : du cloître à la cité ». Il était organisé à l’initiative du Père Guilmard de l’Abbaye de Solesmes, par l’Association des Amis du CGP avec le concours du département Musique du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS) de la Conférence des évêques de France (11). Ses mots de présentation (12) ne peuvent pas être une meilleure « lecture » de la pensée qui a guidé à Louis-Marie  pendant toute sa vie : « Loin d’être une parenthèse esthétique, le chant grégorien épouse le mouvement même de la liturgie: comme le pain et le vin, la parole est reçue, mangée, incarnée, dilatée dans le chant et finalement, offerte. »

Fratres in unum : L’esprit de famille a été toujours une marque distinctive au CGP, et cela est venu de son fondateur. Ici, à Fribourg (Suisse), à la fin de la dernière tournée de Louis-Marie avec le CGP (juillet 2019)

Oui, Louis-Marie Vigne a dédié tout son pèlerinage sur cette terre justement à partager ces certitudes, tel que l’élan et la plasticité de cette forme de silence qui cache en sa beauté incontestable le chant grégorien. Et il l’a fait avec une générosité extraordinaire dont l’auteur de ces lignes peut donner un fidèle témoignage.

Tel que l’émouvant témoignage de gratitude envers cette personnalité de plus d’une centaine de voix venues du monde entier qui ont entouré son cercueil lors de la messe d’obsèques célébrée en l’église de Saint-Séverin pour chanter – prier deux fois – pour le repos de son âme. L’âme de ce pèlerin qui a semé des neumes au fil de temps, de ce maître, de cet ami, de ce frère. Voilà que la récolte a été abondante !

Mes remerciements à Serge ASLANOFF

                                                                                                               Enrique Merello-Guilleminot

(1)  Cf. ACCART, X. (2008), Le grégorien, un chant du corps, La Vie, n° 3295, 23 octobre 2008, pp. 44-45.

(2) Cf. ACCART, X. (2022), Le chant grégorien, de la beauté formelle à la profondeur de la liturgie, Prier, n°446 Novembre 2022. https://www.lavie.fr/ma-vie/spiritualite/le-chant-gregorien-de-la-beaute-formelle-a-la-profondeur-de-la-liturgie-84637.php

(3)  Cf. ZEEGERS, J. (2018) – Rencontre avec Louis-Marie Vigne – On n’a besoin de restitution à l’heure actuelle. L’urgence, c’est la mémoire, Canticum novum N° 85, Juin 2018, pp. 3-9

(4)  Cf. MADRIGNAC, A. G. & PISTONE, D. (1988), Le chant grégorien – Histoire et Pratique, Paris : Librairie Honoré Champion.

(5) Cf. ZEEGERS, J. (2018), Ibid.

(6) L’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes a été le centre de la restauration du chant grégorien à la fin du XIXème siècle.

(7) Cf. ACCART, X. (2022), Ibid.

(8) Cf. ZEEGERS, Ibid.

(9) Il s’agit d’une phrase répétée plusieurs fois par L.-M. Vigne qui vient sans doute de ses discussions avec ce grand artiste, mais aussi d’une lettre qu’Olivier Messiaen lui a écrite le 14 octobre 1991 (Archive du CGP).

(10) « J’ai eu depuis très jeune le goût des choses permanentes » (Cf. Louis-Marie Vigne….ou comment chanter le grégorien avec assurance, Accents – La magazine d’Axa Courtage n°1, octobre 1998, pp. 10-12).

(11) À noter que le Chœur grégorien de Paris en 1998 a obtenu sa reconnaissance canonique approuvé par le Diocèse de Paris.

(12)  Cf. Les Amis du Chœur grégorien de Paris - Dossier de presse des Rencontres grégoriennes Chant grégorien, acte liturgique : du cloître à la cité, Paris, 1er-3 avril 2011.

viernes, 10 de julio de 2020

Tras la publicación de Diálogos – Poesías y relatos varios: DIALOGANDO CON ENRIQUE MERELLO

Rodeado de sol, libros, instrumentos, cuadros, con el marco tras el ventanal del río Maine y la silueta de la ciudad medieval, nos recibe Enrique Merello-Guilleminot en el escritorio de su apartamento angevino, a propósito de la publicación de su último libro. El siguiente es un resumen de nuestro dialogo.

- ¿Cuáles son los móviles que le llevaron a escribir y publicar este libro, Ud. que es conocido sobre todo por sus contribuciones en el plano musical y musicológico?

- Entiendo que nada inhibe a quien ha hecho pública su trayectoria a lo largo de cuatro décadas en el dominio de la música a publicar un libro con un móvil más “literario” si cabe la expresión, que musical. No es un hecho novedoso la existencia de músicos que escriben o que pintan o que actúan, etc. 

- Cuarenta años, ¡son muchos años! 

-  Hace cuarenta años yo había hecho bastante: había terminado un curso de dibujo, había escrito dos poemarios con cuentos, y todo un ciclo de canciones de estilo popular que había interpretado en parte con un grupo juvenil a la guitarra. Y en ese año 1980 comencé no sólo a estudiar la música más seriamente, decidido a dedicarle mi vida, sino a hacer la crítica musical en un programa matinal que entonces se emitía en la radio oficial del Uruguay, el SODRE.

- Entonces, podría decirse que con Diálogos Ud. está volviendo a las fuentes, como se suele decir…

- Tal vez retomando un camino dejado un poco de costado, pues este libro fue fruto de un largo proceso, iniciado incluso antes de comenzar a incursionar en el mundo del canto gregoriano, repertorio por el que en efecto se me asocia más. Hay en él trabajos que vienen de la década del ’80 y del ’90, y otros completamente recientes. Es un trabajo de gestación largo, y un trabajo de armado y conclusión relativamente corto. Ud. me preguntaba sobre los móviles de este proyecto y yo le respondo: hacer conocer entonces otro de mis intereses, que es escribir. Compartir con el lector mis temas favoritos, desde mis formas preferidas que son la poesía y la narrativa. Ahí están el amor (que es el centro y núcleo de la vida) y también el desamor, la fe, la lejanía de la patria o del tiempo, el concepto de destino según se nos ha enseñado, la historia, los ancestros, las realidades alternativas, el fino borde entre la realidad y la ficción, el juego como metáfora de la existencia misma…


- ¿Por qué el título? 

- Precisamente, eso es parte del juego o de la poesía, o de ambas cosas: es cierto que Diálogos no es un título original, tout court, pero agregado al subtítulo Poesías y relatos varios, me pareció que se dan más precisiones, al mismo tiempo que sugiere una colección de muchas otras posibles, diríamos como un “surtido”, alejándola de los otros magníficos Diálogos como los de Platón, los de San Gregorio el Grande, los diálogos socráticos, los de Cicerón, los de Erasmus, obras todas monumentales, aunque en estos casos más bien el término refiere a un género de prosa desarrollado en la Grecia antigua. Reconozco sin embargo que decidí mantener este título que elegí en los ’80, en homenaje a San Gregorio, un papa a quien venero por obvias razones, pero también por haber sido el primer biógrafo de San Benito de Nurcia, el padre del monaquismo de Occidente y patrono de Europa. Lo que puede sorprender al lector y a Ud. misma como habrá visto, es que la estructura dialógica no es la principal característica de la obra. Más allá incluso a los globos de comics de la cobertura, ese género artístico que mucho me gusta y aprecio, expresado a la manera del pop art de Lichtenstein con sus puntos Ben-Day. En realidad, los diálogos a los que refiere son de otro orden, y le dejo al lector encontrar la clave del enigma. 

            - Digamos que el profesor le deja deberes a los lectores… (risas).

- Y bueno, si Ud. quiere. Eso es parte de los otros niveles de lectura. Pero también está el costado religioso. No es novedad a esta altura que soy cristiano. Crear, ya sea escribir, hacer música o dibujar, supone una suerte de diálogo, con Quien está por encima de nuestra racionalidad y nuestra naturaleza. Es allí donde surgen las conexiones y donde se da lo inefable. Es el estro, la inspiración, una epifanía resultante de utilizar recursos desde el otro hemisferio cerebral, o como Ud. quiera llamarle. Así, la creación se hace también una forma de oración. 

- ¿Desde cuándo escribe?

- Cuando en mi infancia dibujaba, guionaba también las tiras cómicas de los personajes que yo mismo creaba. También tomaba las melodías de los tubes del momento que entonces en los ’70 hacían furor en Buenos Aires y luego en Montevideo, para ponerles letras propias, tan ingenuas como espantosas, antes de hacérselas oír a mi familia, santa paciencia (risas). Tiempo después comencé a escribir las letras con su música y finalmente, luego de creer dominar ese arte, me decidí a escribir poesía, sin más, ya en la adolescencia, y también cuentos, que hoy prefiero no leer.

- ¿Y cómo era esa poesía incipiente?

- Por entonces, aprendiendo de Baudelaire, a quien descubrí en el liceo, buscaba las “correspondencias” ente las cosas, lo que me rodeaba y lo que sentía. Lo básico, ¿no? Debo decir que adquirí entonces una cierta habilidad en la adjetivación y luego en la metáfora. Entonces leía mucho a los surrealistas, gracias a un libro que encontré en la Feria de Tristán Narvaja, lo que tal vez sepa, es el más conocido marché aux puces del Uruguay: a Bretón, Artaud, Tzara, y también leía a los modernistas uruguayos Herrera y Reissig, Delmira Agustini, Juana de Ibarbourou… Hay poesías en mi libro que expresan esa estética surrealista, y otra dedicada a Juana misma, “Elogio a Juana de Ibarbourou".

- Precisamente, en la primera parte del libro, que es un poemario, Ud. se vale de diversos estilos, cosa que puede sorprender al lector desprevenido, aunque hay que reconocer que ese procedimiento le da inusitada variedad...

- Desde esa variedad, creo que hay una unidad subyacente, o al menos es lo que espero haber urdido. Los estilos para los temas que elijo son simplemente los que entiendo más apropiados a lo que quiero expresar. Es lo que busco hacer al componer música. ¿Por qué habría yo de refusar una forma de lenguaje, si todo el lenguaje se nos ha dado para utilizarlo a nuestro antojo cuando nos es necesario? En ese sentido, la idea de “viaje de múltiples paisajes” a través de la música del lenguaje poético me resulta seductora, para definir qué cosa son mis Diálogos, por aquello de que "para viajar lejos, no hay mejor nave que un libro", como decía Emily Dickinson.

- ¿Sus referentes en poesía?

- Borges lo expresaba con meridiana claridad: un libro habla de otros libros. ¿Cuáles son esos libros que he leído y amado? Y bueno, en poesía al mismo Borges, un maestro y ya un clásico en vida a quien vuelvo siempre con renovado placer, pero también Carlos Sábat Ercasty, un uruguayo penosamente olvidado de obra profusa y alto vuelo siempre -sus poesías parecen esculturas-; Juana de América, por cierto, o Bécquer, Rubén Darío, los místicos españoles, etcétera.

- ¿Entiende que hay público para la poesía hoy por hoy?

- Hoy por hoy el público se vuelca mayoritariamente a la novela, un género del que no soy muy afecto, y que hace las veces de largometraje en papel. A su lector le interesa sumergirse en universos cada vez más complejos, sentirse inmerso en ellos, entrar en la piel de sus personajes, oler lo que huelen, escuchar lo que escuchan. Y la poesía, más modesta en sus pretensiones, queda relegada a algún estante de las librerías, para un círculo de interesados mucho más reducido, diría que es una experiencia más íntima, entre el autor y el lector. Tampoco la industria editorial apuesta a este género, y pareciera que pervive más por acciones puntuales de municipios o entidades (concursos, festivales) que por los medios masivos. La autoedición y ahora también la edición bajo demanda, han dado y dan una mano a poetas y escritores muy valiosos. 

- Justamente, Ud. luego de publicar con editoriales reconocidas en Uruguay y en Francia, ha optado aquí por estas formas alternativas de publicar.

- Y lo seguiré haciendo a fin de publicar lo que quiero y cuando quiero. Sé bien lo que es estar detrás de los editores, y entiendo que ese no es mi juego. Tampoco persigo el “best-seller” ni apuesto a vivir de lo que escribo, por lo cual puedo dormir tranquilo.

- También de esa forma publicó hace diez años Por los caminos de Dios – Crónicas de un peregrino latinoamericano. 

- Y en el 2017 un trabajo de paleografía musical. Precisamente, vea Ud., Por los caminos de Dios es un libro de crónicas de viaje, pero desarrollado en forma de diálogo; un trabajo que debió haber salido mejor, prácticamente sin ninguna difusión y no obstante ello, recibió buena crítica.


- Diálogos, aparte de las trece poesías, incluye nueve narraciones, algunas breves, otras más desarrolladas, donde el tema musical siempre está presente; en algún caso es el asunto central, como en “El neuma”, o es el marco de acción, como en “Suite de Bach”. Pero el lector encuentra mucho más que eso en esa última sección. 

- Sí, hay temas, épocas, escenarios diversos, como diversas maneras de abordar la narración, distintos lenguajes. Jugar con el lenguaje o los lenguajes es mi juego, incluyendo el número que es una forma de expresar algo, sea una cantidad o una cualidad. Juego con el lenguaje como con todo, o con casi todo, vamos; la música en efecto, ocupando un lugar de honor, nobleza obliga.

- También con la historia.

- Es que no se puede aceptar la “Historia” con mayúscula, como una ciencia exacta, por más que la proteja Clío la antigua musa, y pese a Heródoto. Hoy hay una “historia oficial” como hay una “ciencia oficial”, lo que no quiere decir que sean inapelables. En “Tartaria Magna, el reino del Gran Khan o el imperio perdido” abordo ese controversial asunto.

- Un texto de ficción especulativa, que recuerda el “Tlön, Uqbar, Orbis Tertius” borgeano.

- No puedo negar que cuando lo escribía tuve bien presente esa magistral obra de Borges, cosa que expreso de manera elíptica allí en algún momento del relato. Ojalá el resultado artístico fuera análogo. En realidad, como le decía, no escribo obedeciendo a tal o cual movimiento, estilo o género. Ese tipo de catalogaciones es tarea de los críticos, esto es: los que escriben sobre lo escrito, haciendo de ese oficio a veces un trabajo de deconstrucción para ver el “cómo” y el “por qué”, u otras veces un trabajo de lisa y llana disección forense. Simplemente escribo por necesidad de hacerlo, y publico porque creo que el resultado puede proporcionar placer al lector. En este mundo inundado de información, como si de un nuevo diluvio se tratara, el ciudadano tiene acceso a toda la literatura creada por el hombre, sea en papel o también en formato numérico, por lo cual el hecho que seleccione mi libro y dedique parte de su tiempo a su lectura, ya para mí es un gesto que me distingue y halaga. En ese caso, encuentro allí otra forma de hacer el bien.
S.C.
Enrique Merello-Guilleminot - Dialogos - Poesías y relatos varios
Book on Demand, 2025.
124 pag. - 12,7 x 0,7 x 20,3 cm
ISBN 9788413731179 (papel)

lunes, 6 de enero de 2014

La música del silencio

Ausculta es la palabra con que S. Benito de Nurcia  principia su Regula monachorum; se trata de un “escucha” nacido del silencio contemplativo, una de las claves para concebir en su justo tono  y espiritualidad, las melodías del repertorio  gregoriano.

A la entrada de uno de los jardines de la abadía de Solesmes, en un entorno de flores y de verdor, crecidos a orillas del Sarthe, un monje de piedra invita al visitante al silencio. Para el hombre de fe, sin este silencio no habría dialogo con el Creador ni luego, tampoco canto litúrgico. Y no tanto en relación con aquella reflexión de Boecio: “quien llega al fondo de sí mismo sabe lo que es la música,” como a la música del silencio; es el Audi Israel, la Šemá de la piedad judía, la lectura que resuena en el oficio de Completas de los sábados.

Sin embargo, este silencio del que emerge el gregoriano, no es privativo de los religiosos o religiosas. Desde Crodegango, este canto se relaciona al clero secular y a los técnicos de la  schola cantorum, y hoy su universalidad trasciende claustros, doctrinas, confesiones y felizmente también las edades, aunque el conocimiento masivo no deje de asociarlo a los monjes, los principales artífices de su restauración, o aún a tiempos más antiguos.
 
Los fieles en oración, un momento de silencio...o de escucha atenta del introito
antes de iniciar la misa (Saint- Michel Abbey, Farnborough)
 
Fruto de ello, para referirnos a aquel emblemático monasterio francés, fueron las cinco conferencias que en agosto de 1976 ofreció dom Jacques Hourlier (+1984) a un grupo de jóvenes enamorados del canto gregoriano. El rico contenido de las mismas emanado de un saber vivo, engarzado en la experiencia de oración de toda una vida, fue recogido en el libro Entretiens sur la spiritualité du chant grégorien (Solesmes, 1985).  Allí, enseñanza, oración y vida, son presentadas como características con-naturales al gregoriano, (1) acaso relacionadas con las enunciadas por  Pío X: bondad de formas, santidad, pobreza.

UN CAMINO ESPIRITUAL

En su libro, dom Hourlier afirma que el gregoriano “expresa una lectura de la Escritura y los Padres hecha por la tradición de la Iglesia”, constituyéndose así en “un lugar teológico que proporciona al texto cantado una significación propia”. Esta cualidad suscita la segunda característica, esta necesidad del hombre o la mujer de fe de cantar la Palabra, devolviéndola, por así decirlo, hecha música. ¿Y no hace este carácter cíclico de la liturgia cristiana, desde el Adviento a la Pascua, su trabajo de renovación de la vida misma de quien lo practica con la adecuada disposición? (2)

Si concebimos la estética musical como la ciencia de lo bello aplicado al arte de los sonidos, si el canto dicho gregoriano es un arte vocal, y  queremos aproximarnos a la estética gregoriana, debiéramos pues analizar la clase de belleza de esta música vocal, una clase de música de la belleza por definición, reconocido el Ser superior como el bien y la belleza supremos.

Y si la música, como el arte todo, abreva en la naturaleza, y ésta se expresa en el silencio en tanto devenir armonioso y constante de la vida y de las cosas, concluimos que el silencio es el instrumento específico de este canto religioso, camino espiritual para expresarse en un tono de despojamiento ante la Belleza inmarcesible. Llamado del silencio más que saludable en el tránsito cotidiano por estos paisajes sonoros, hoy domeñados por la polución.

                                                                       Enrique Merello-Guilleminot


(1) Op. cit., pp. 8-16.
(2) Inclusive, se ha llegado a afirmar sin ambages que  “el gregoriano no sana, sino que salva.” (cf. TOMATIS, Alfred: Pourquoi Mozart?, p. 122, Ed. Fixot, 1991)

miércoles, 27 de noviembre de 2013

Solesmes y el canto gregoriano

En 1837, un antiguo priorato benedictino, ubicado a orillas del río Sarthe, en Francia, es erigido en Abadía. Desde el entonces, el significado que adquiere Solesmes para la liturgia romana y para el canto gregoriano en particular, será decisivo para los destinos de este tipo de espiritualidad musical.

Este monasterio había sido construido hacia el 1010 por Geoffroy, señor de Sablé, y puesto bajo la dependencia de los monjes de Saint-Pierre de la Coutûre. El priorato dependía inicialmente de esa abadía, observante de las normativas del célebre monasterio de Cluny; y luego de la congregación maurista establecida en 1621.

Empero, la vida de esta comunidad que supo de esplendores fue interrumpida, como en general la de todas las órdenes religiosas de Francia, cuando los aires turbulentos de la Revolución estremecieron suelo y gentes de la nación gala: durante 43 años Solesmes estuvo vacío, sin monjes, sometido a los embates del tiempo. El estado de situación llevó a que el dueño de las tierras donde durante siglos día tras día se repetían las alabanzas a Dios, estuviera a punto de demoler lo que quedaba de aquellas construcciones venidas del románico. La iniciativa de recuperar tales ruinas le correspondió a Dom Prosper Guéranger (1805-1875), un joven sacerdote originario de la cercana ciudad de Sablé. Dom Guéranger no duda en alquilar la finca, y al frente de un pequeño grupo de religiosos inicia las obras necesarias para que el Opus Dei vuelva a resonar -en latín y naturalmente, en gregoriano- a lo largo de la nave de la iglesia abacial, llenando el espacio de sus altas bóvedas.

DOM GUÉRANGER

Dom Prosper Guéranger, fue en verdad no solo el I Abad de Solesmes, o el restaurador de la vida en ese cenobio, sino además el artífice de la recuperación de la orden benedictina francesa, y de la liturgia romana contenida como en el ánfora mas acabada en esas milenarias melodías gregorianas, luego definidas por San Pío X como modelo supremo de la música religiosa católica.

La recuperación de la vida monástica en “Saint-Pierre” de Solesmes constituyó la base material para que este canto tradicional de la Iglesia romana, como así lo entiende el Vaticano II, resonara solemne en el monasterio francés, como en toda la cristiandad. Dom Guéranger comprendió que el gregoriano recibido en los libros de canto entonces en uso no podía ser, en tanto primordial vehículo del acto litúrgico, esa “pesada y aburrida sucesión de notas cuadradas que no sugieren un sentimiento ni pueden decir nada al alma”, en sus propias palabras. Estaba en su intuición que el gregoriano, para hacerse oración cantada, debía ser ante todo oración, lectura inteligente de la Palabra para que luego sea palabra propia.


La imponente fachada de finales de 1896, obra de dom Mellet. 

La búsqueda de las fuentes históricas necesarias -los manuscritos dispersos por toda la Europa latina- para restablecer lo que la moda y el tiempo había estragado, relaciona sucesivamente a estudiosos conspicuos, hasta nuestro días. Dom Paul Jausions (1834-1870), comienza los trabajos de restauración de las melodías, encomendado por el propio Dom Guéranger; Dom Joseph Pothier (1835-1923),  es el autor de Mélodies grégoriennes, primer tratado sobre la base de las investigaciones de los antiguos manuscritos aparecido en 1880; Dom André Mocquereau (1849-1930), es el fundador del Atelier de paléographie musicale en 1889, en donde se atesora una importante colección de documentos; Dom Eugène Cardine (1905-1988) inaugura la semiología musical, la ciencia no tanto de la melodía como del ritmo y la expresión implícitos en los signos fijados por los notadores medioevales.
 
Hoy el porte de la abadía solesmense es inconfundible. Su imponente aspecto que recuerda a Mont Saint-Michel o el Palacio de los papas de Avignon, dejándose reflejar majestuoso sobre el Sarthe, está tan relacionado con el canto gregoriano, que para muchos casi constituye  como su equivalente visual. Centro pues de la restauración de este repertorio musical, enclave único de estudiosos, historiadores, liturgistas, musicólogos, buscadores de Dios que se expresan a través de la alabanza cantada de la manera más exquisita, Solesmes es como una ventana al cielo, desde donde los ecos de la liturgia de la Jerusalén celeste, cuando el tiempo lo favorece, casi se pueden llegar a hacer perceptibles.

 Enrique MERELLO-GUILLEMINOT