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martes, 6 de diciembre de 2022

LOUIS-MARIE VIGNE, UN SEMEUR DE NEUMES

Fondateur et président du Chœur grégorien de Paris, Louis-Marie Vigne est décédé à Paris le 20 juillet dernier après d’une longue maladie, en laissant autour de lui une pléiade de continuateurs dans ce domaine si particulier de l’art sacré, mais aussi le souvenir d’un homme d’une générosité et d’une courtoisie hors du commun.

« Il faut goûter le grégorien... », aimait dire Louis-Marie Vigne à ses élèves venus de tous les coins de la planète pour recevoir son enseignement. La découverte de la beauté de la Parole de Dieu en tant que vraie nourriture conçue par la Tradition de l’Église pour l’incarner dans le moment présent était son objectif car, il en était convaincu, « le chant grégorien est une musique tout à fait contemporaine ».

L’homme qui vient de nous quitter avait une manière de transmettre son art fortement enracinée dans sa profonde conviction que le grégorien est pure prière et qu’il exprime la nature humaine avec toutes ses nuances, que sa valeur et sa beauté hors le temps « naissent justement de la répétition, et donc de la mastication de la Parole sacrée » chantée dans le cadre d’un répertoire qui a traversé les siècles.

UNE MISSION, UNE VIE

Louis-Marie était né le 6 novembre 1953 à Neuilly-sur-Seine, au sein d'une famille nombreuse et d’une profonde vie chrétienne où l'art, les langues étrangères et les choses de l’esprit s'y donnaient la main d’une manière naturelle. En effet, son père « explorait les textes sacrés des grands religions  à la recherche de ce qu’elles contenaient d’élevé », selon ses propres mots (1), et sa mère se livrait à l’étude du mandarin et de la médecine chinoise. Cette langue a beaucoup intéressé le jeune garçon, qui fut confié aux soins d'une nurse chinoise. Il voulut même devenir missionnaire en Chine, avant de prendre connaissance du chant grégorien !

Puis, il a commencé sa formation musicale dans une maîtrise de chant sacré, la chorale Sainte-Croix de Neuilly, et il a étudié l'orgue avec Emmanuel de Villele. Dès l’âge de 17 ans, il assure un service dans une paroisse comme organiste. C’était à l’église de l’Immaculée-Conception de Boulogne-Billancourt, et il le faisait avec goût et plaisir, conscient de l'importance d'une liturgie bien servie par la beauté.

 

Louis-Marie Vigne pendant les Rencontres grégoriennes, à Paris (2011).

Il semble que cette vocation pour l’action missionnaire a trouvé sa place définitivement dans l'âme de Louis-Marie dix ans après, lorsque il est allé à l'abbaye de Solesmes afin de préparer ses examens ; une sorte de déclic si on pense au déroulement de sa vie d’alors. Il dira dans la dernière interview qu’il a donnée aux médias (2): « Durant l'office de Vêpres, j'ai entendu un Ave maris stella, et là, je me suis dit : j'ai trouvé ce que je cherchais ». Vocation (car en fin de compte, c’est Dieu li-même qui est le destinataire) à étudier, pratiquer et puis à transmettre le chant grégorien comme un vrai missionnaire de la Parole chantée. Un missionnaire qui va à la recherche de l'autre quelles que soient ses origines ou sa culture, d'après cet instrument d'oraison qui est le grégorien, et qui est convaincu de son efficacité comme voie d’évangélisation.

Le tout premier vinyle enregistré par le CGP en 1982 dans l’Église évangélique allemande (Erato/RCA) Le dernier CD du CGP a été Prière pour temps de détresse, sous la direction de Louis-Marie Vigne, et en collaboration avec les moniales de l’abbaye de Rosans, sous la direction de Tobbias Dreher (édition à compte d'auteur, 2019).

LE CHŒUR GRÉGORIEN DE PARIS, UN PONT AVEC L’AUTRE

Louis-Marie avait 18 ans quand avec son frère Jacques et ses amis Mgr Patrice Descourtieux et Pascal Guillaume parmi d'autres, il a commencé à chanter le grégorien dans une petite église romane du Vexin. C'était dans cet esprit spontané, « de manière très simple » tel qu’il assurait (3), qu'est né le Chœur grégorien de Paris (CGP), un nom proposé par André-Gustave Madrignac, auteur d’une ouvrage de valeur sur le grégorien (4) qui a assuré la toute première formation du groupe naissant.

En 1973, la rencontre entre le jeune homme et dom Jean Claire, maître de chœur de l'abbaye de Solesmes fait découvrir un univers différent. « A partir de 1976 nous nous sommes rendus à Solesmes et avons travaillé une semaine par an, dix années de suite » (5). Il faut dire que ce lien étroit avec l'abbaye de Solesmes (6) a été durable, en profitant de l'enseignement notamment de dom Eugène Cardine, dom Jean Claire ou dom Jacques Hourlier.

Le CGP – désormais érigé en association Loi 1901 – commençait sa longue marche : en 1977, première messe chantée au Val-de-Grâce, qui fut le centre de gravité de toutes les activités liturgiques du Chœur pendant plusieurs années; en 1981, création de l'Association des Amis du CGP qui apporte un soutien matériel, puis un projet que Louis-Marie a réussi à l'organiser en 1985 avec un énorme succès: un premier Congrès international de Chant grégorien à Paris sur le thème : « Actualité et pérennité du chant grégorien », où se sont réunis au Val-de-Grâce trois cents représentants venus de trente-deux pays différents.

L’année suivante, outre les tournées à travers la France, ont suivi des voyages vers les pays d’Europe comme la Norvège et beaucoup plus loin : le CGP tenta l’aventure de traverser le rideau de fer jusqu’en Russie. Puis ce fut l’Orient : la Chine, la Corée, et aussi Pays-Bas, Liban, Tchéquie, Roumanie, Colombie, Égypte, Japon, Philippines, Suisse... Un beau symbole qui exprime l’universalité du grégorien comme un « pont avec l’autre » (7).

Mais cette activité n’était pas seulement la diffusion : une activité liturgique régulière était et est toujours essentielle pour le CGP. Depuis 1987 et pendant trente ans, les Semaines Saintes étaient entièrement vécues et chantées dans l’abbaye de Fontfroide, et puis récemment à Granville et l’abbaye de la Lucerne  dans la Manche. Tous les dimanches, les messes et certains offices chantés d’abord au Val-de-Grâce, puis dans la crypte des Missions Étrangères, rue du Bac, et actuellement à la Chapelle Saint-Vincent-de-Paul chez les Lazaristes…

Louis-Marie Vigne a produit avec le CGP plusieurs disques, qui furent bien reçus par le public et par la critique : le CGP a obtenu en 1993 le prix Liliane-Bettencourt pour le chant choral, en partenariat avec l'Académie des Beaux-Arts.

Un événement notable a été la création en 1997 du Chœur grégorien de Paris-Voix de femmes, un ensemble exceptionnel avec lequel la branche masculine du CGP partage le plus souvent ses activités.

 
Une messe chantée par le CGP (19 juin 1977), dirigée par André-Gustave Madrignac. On peut voir Louis-Marie au premier rang.

ENSEIGNER LE GOÛT POUR LES CHOSES PERMANENTS

En 1985, jugeant que l’enseignement de l’Institut catholique de Paris, « était trop théorique », Louis-Marie Vigne crée une classe de chant grégorien au Conservatoire national supérieur de Paris (CNSMDP) avec une approche notamment pratique, ce qui doit correspondre à une tradition vivante. C’était un enseignement « très bien accueilli, notamment grâce à l’épouse d’Olivier Messiaen, Yvonne Loriod » (8). Avec Messiaen, qui aimait le chant grégorien au point de dire que « le chant grégorien est le plus beau trésor que nous possédions en Europe » (9), s’est établie une relation d’amitié et admiration mutuelle. Lui, le grand compositeur Français qui enseignait au CNSMDP l’analyse musicale en commençant pour le grégorien, avait trouvé en Louis-Marie un éminent successeur, tâche qu’il a assumée pendant plusieurs décennies.

Un dernier pas dans ce long parcours afin de transmettre « les choses permanentes », selon une expression favorite de Louis-Marie (10) se réalisa en 2006, par la création de l’École du Chœur grégorien de Paris. Il s’agit d’une toute nouvelle structure académique, basée justement sur ce concept de transmission de la tradition reçue (sachant que ce mot vient de tradere qui veut dire en latin « donner»). A l’École du Chœur grégorien de Paris, Louis-Marie a su grouper des élèves de toutes provenances. Son enseignement était personnalisé; transmettre la flamme en maintenant la qualité. Pour cela, il a pu réunir un corps enseignant de haute niveau dans tous les aspects théoriques et pratiques de cette discipline artistique sacrée.

 
Louis-Marie présentant son enseignement au CNSMDP en 2016. En 2021, un recueil de ses articles, édité par le CGP sous le titre Un chant grégorien, what else ? met en lumière sa pédagogie (image prise de https://www.conservatoiredeparis.f/fr/medias/video/presentation-de-louis-marie-vigne ).

Un congrès consacré à la transmission vivante du chant grégorien s’est réuni en 2011 sous le nom de « Rencontres grégoriennes – chant grégorien, acte liturgique : du cloître à la cité ». Il était organisé à l’initiative du Père Guilmard de l’Abbaye de Solesmes, par l’Association des Amis du CGP avec le concours du département Musique du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS) de la Conférence des évêques de France (11). Ses mots de présentation (12) ne peuvent pas être une meilleure « lecture » de la pensée qui a guidé à Louis-Marie  pendant toute sa vie : « Loin d’être une parenthèse esthétique, le chant grégorien épouse le mouvement même de la liturgie: comme le pain et le vin, la parole est reçue, mangée, incarnée, dilatée dans le chant et finalement, offerte. »

Fratres in unum : L’esprit de famille a été toujours une marque distinctive au CGP, et cela est venu de son fondateur. Ici, à Fribourg (Suisse), à la fin de la dernière tournée de Louis-Marie avec le CGP (juillet 2019)

Oui, Louis-Marie Vigne a dédié tout son pèlerinage sur cette terre justement à partager ces certitudes, tel que l’élan et la plasticité de cette forme de silence qui cache en sa beauté incontestable le chant grégorien. Et il l’a fait avec une générosité extraordinaire dont l’auteur de ces lignes peut donner un fidèle témoignage.

Tel que l’émouvant témoignage de gratitude envers cette personnalité de plus d’une centaine de voix venues du monde entier qui ont entouré son cercueil lors de la messe d’obsèques célébrée en l’église de Saint-Séverin pour chanter – prier deux fois – pour le repos de son âme. L’âme de ce pèlerin qui a semé des neumes au fil de temps, de ce maître, de cet ami, de ce frère. Voilà que la récolte a été abondante !

Mes remerciements à Serge ASLANOFF

                                                                                                               Enrique Merello-Guilleminot

(1)  Cf. ACCART, X. (2008), Le grégorien, un chant du corps, La Vie, n° 3295, 23 octobre 2008, pp. 44-45.

(2) Cf. ACCART, X. (2022), Le chant grégorien, de la beauté formelle à la profondeur de la liturgie, Prier, n°446 Novembre 2022. https://www.lavie.fr/ma-vie/spiritualite/le-chant-gregorien-de-la-beaute-formelle-a-la-profondeur-de-la-liturgie-84637.php

(3)  Cf. ZEEGERS, J. (2018) – Rencontre avec Louis-Marie Vigne – On n’a besoin de restitution à l’heure actuelle. L’urgence, c’est la mémoire, Canticum novum N° 85, Juin 2018, pp. 3-9

(4)  Cf. MADRIGNAC, A. G. & PISTONE, D. (1988), Le chant grégorien – Histoire et Pratique, Paris : Librairie Honoré Champion.

(5) Cf. ZEEGERS, J. (2018), Ibid.

(6) L’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes a été le centre de la restauration du chant grégorien à la fin du XIXème siècle.

(7) Cf. ACCART, X. (2022), Ibid.

(8) Cf. ZEEGERS, Ibid.

(9) Il s’agit d’une phrase répétée plusieurs fois par L.-M. Vigne qui vient sans doute de ses discussions avec ce grand artiste, mais aussi d’une lettre qu’Olivier Messiaen lui a écrite le 14 octobre 1991 (Archive du CGP).

(10) « J’ai eu depuis très jeune le goût des choses permanentes » (Cf. Louis-Marie Vigne….ou comment chanter le grégorien avec assurance, Accents – La magazine d’Axa Courtage n°1, octobre 1998, pp. 10-12).

(11) À noter que le Chœur grégorien de Paris en 1998 a obtenu sa reconnaissance canonique approuvé par le Diocèse de Paris.

(12)  Cf. Les Amis du Chœur grégorien de Paris - Dossier de presse des Rencontres grégoriennes Chant grégorien, acte liturgique : du cloître à la cité, Paris, 1er-3 avril 2011.

viernes, 2 de diciembre de 2022

LE RYTHME DU CHANT GREGORIEN, LE NOUVEAU LIVRE DE DOM JACQUES-MARIE GUILMARD

 Il y a près d’un siècle qu’a été publié par Dom André Mocquereau le deuxième tome du Nombre Musical Grégorien ou Rythmique grégorienne – Théorie et pratique. Ce livre de grande taille semblait fournir l’enseignement définitif, adressé à un large public, sur le rythme du chant grégorien. Le sujet était délicat et passablement controversé. Dom Joseph Gajard – disciple et collaborateur de Dom Mocquereau pour la rédaction de cet ouvrage – se fit le continuateur et le propagateur des idées de son maître.

Dans sa longue préface au Liber Usualis de 1903, parue vingt ans plus tôt, Dom Mocquereau avait établi les principes de sa conception du rythme, conception qui a été popularisée sous le nom de « Méthode de Solesmes ». Cependant, il n’avait pas eu recours aux données des manuscrits antiques, alors que ceux-ci sont l’unique source ayant transmis le répertoire du plain-chant, tel qu’il a été pratiqué au Moyen âge, qu’il a toujours été aimé des savants et des humbles, qu’il a été « canonisé » par saint Pie X et finalement qu’il a été reconnu par le dernier Concile œcuménique comme étant le « chant propre de la liturgie romaine ». Pourtant, toutes les données rythmiques du chant grégorien étaient là à portée de main, prêtes à révéler leurs « secrets ». Les signes neumatiques grâce auxquels le grégorien a été conservé et a traversé les siècles, disaient jadis et nous disent maintenant, comment actualiser les mélodies et comment les « rythmer » de manière adéquate, afin d’exprimer « avec sagesse » la Parole de Dieu et ses nuances, ainsi que le demandait le Psalmiste.

Dans le présent ouvrage, Dom Guilmard s’exprime d’une manière rigoureuse sur cet important sujet qui dépasse de loin la question des ictus et des répercussions. Il décrit les bases d’une saine mise en pratique des données antiques. Il le fait avec clarté, en utilisant des outils scientifiquement incontestables. En cela, pas d’invention, ni de fausse relecture : il lui a suffi de revenir à la simplicité des choses parfois cachée par l’évidence. Il s’est mis à l’école de Dom Eugène Cardine, qui a été le « Champollion des signes neumatiques ». On connaît son ouvrage, La sémiologie grégorienne, publié en 1968 et désormais accessible dans le monde entier selon une quinzaine de langues. 

           "Le grégorien ne dépend aucunement d'une esthétique musicale préexistant" nous dit Dom Guilmard.                                       

Comment saisir l'originalité de Le rythme du chant grégorien? Laissons à son auteur qui nous le dit en ces termes : « C'est une présentation complète du rythme grégorien, y compris de ce qu’on ne parle jamais, au plan du rythme, les "sons flous"; une exposé théorique, mais illustrée et ouvrant sur la pratique concrète. Une exposé sur le lien entre rythme et notation, son utilité et limites, desquels on n'en parle jamais. » Puis il ajoute : « Le rythme grégorien est oratoire (comme le disait Dom Pothier), mais il est aussi verbal et syllabique ; il est différencié. » Et nous réfère à certains aspect que sont traité dans son livre : « On donne la valeur d'un pes long par rapport à des valeurs syllabiques, et d'un pes rotondus par rapport à des valeurs des valeurs diminuées. On donne le rapport entre valeur syllabique et valeur allégée. On donne une manière de chanter ces différentes valeurs. » Finalement, il s’exprime au sujet du rythme et la modalité, dont il fait une approche originale.

Le plan du livre de Dom Guilmard est simple et la lecture en est facile. On retiendra que le grégorien ne connaît pas de nombre, car celui-ci n’appartient pas au latin tel qu'il est dans la prosodie biblique, la langue maternelle du grégorien ; il ignore les mesures qui viennent de l’univers de la musique (et non pas du chant), et qui s’imposent seulement dans certaines conditions, en particulier s’il y a une certaine forme de simultanéité ; il n’y a donc pas de « temps » dans le sens quantitatif, comme on le conçoit aujourd’hui. Le rythme grégorien est tout naturellement le rythme de la Parole de Dieu que le chant orne de sa beauté supérieure au milieu de l’action liturgique. Par conséquent, c’est le rythme du latin, avec sa délicate alternance des syllabes toniques et atones, ses durées syllabiques, sa phraséologie et la structure modale qui lui sert de cadre. Dom Guilmard nous le rappelle : « La première donnée rythmique se situe dans le mot, [car] toutes les cellules rythmiques sont d’ordre verbal et dépendent des accents. » Ainsi, aucune structure pré-conçue n’enferme la Parole de Dieu. Dom Guilmard ajoute avec justesse et clarté, que les signes anciens ont été « transcrits pour faire connaître le grégorien, et non pas pour le cacher ».

Donc, la nouveauté de l’ouvrage est triple.

- Pour la première fois, le lecteur découvre une vision complète et ordonnée de la nature du rythme grégorien. Mêmes les sons « flous » n’ont pas été oubliés. De nombreux exemples et des applications pratiques élargissent la perspective.

- En outre, la différenciation des « valeurs » est traitée d’une manière exhaustive, en dehors des classifications artificielles.

- Enfin, le lien entre rythme grégorien et la modalité est exposé selon une approche toute nouvelle. 

Dans le célèbre Atelier de Paléographie Musicale de Solesmes, où sont conservées des copies centenaires de manuscrits grégoriens – l’une d’elles a été exécutée par le futur Cardinal Pitra – on remarque une phrase gravée sur la pierre, qui fixe splendidement l’objectif des grégorianistes: « Rechercher la pensée de nos Pères, nous effacer devant leur interprétation authentique, soumettre humblement notre jugement artistique au leur, c’est ce que demandent à la fois l’amour que nous devons avoir pour la tradition entière tant mélodique que rythmique, et le respect d’une forme d’art parfaite en son genre. »

Ayant toujours cet idéal devant les yeux, Dom Guilmard se soumet fidèlement à la tradition originale et originelle de notre beau chant grégorien, afin de la mettre en valeur au profit de notre génération et de celles qui nous suivront.

Enrique Merello-Guilleminot

Le rythme du chant grégorien 

Dom Jacques-Marie GUILMARD, moine de Solesmes

Éditions de Solesmes

editions@solesmes.com
www.abbayedesolesmes.fr
ISBN 978-2-82574-351-9

144 pages – 11,90 €

octobre 2022


 

viernes, 24 de enero de 2020

LE CHOEUR GREGORIEN DE PARIS A 45 ANS

L’Homme aime les dates « rondes ». Ainsi, on fête les centenaires, les cinquantenaires, etc. En l’an 2019 que vient de finir, voici la nôtre : le 45e anniversaire du CGP.
Peut-être que dans la vie du chant grégorien, ce chant avec lequel l’Église du Christ chante les louanges à Dieu depuis plus de mille deux cents ans, quarante-cinq ans c’est bien peu. Néanmoins, lorsque cette durée s’insère dans la vie des gens, c’est suffisant pour le souligner, faire une petite pause pour voir le chemin de nos pas et —pourquoi pas ? — pour le célébrer. Notamment quand au long de ce parcours, on a vécu beaucoup de bonheur, plusieurs bons moments dans l’effort de donner vie aux neumes préservés dans de précieux manuscrits, en retrouvant dans le hodie de l’histoire les splendeurs d’un type de répertoire privilégié depuis toujours pour sa beauté et pour son efficacité à exprimer les choses du Ciel, en exprimant la prière d’une manière unique. C’est l’histoire racontée par Dom Jean Claire lorsque un jour il reçut à Solesmes un prêtre bouddhiste  qui avait parcouru le monde en quête de la musique la plus spirituelle créée par l’homme et qui disait l’avoir enfin trouvée en écoutant les moines de l’abbaye (1).
UN AN APRÈS L’AUTRE, UN NEUME APRÈS L’AUTRE
Fondé en 1974 par de jeunes musiciens passionnés par le chant grégorien, le CGP commence donc son parcours il y a 45 ans. L’association « Chœur grégorien de Paris » est constituée peu après ; en 1981 nait l’Association des Amis, reconnue depuis d’utilité publique. De ces premières années, Louis-Marie Vigne, son fondateur, confie : « La création du CGP s’est faite de manière toute simple : nous nous sommes réunis à quelques amis avec mon frère Jacques, Patrick Descourtieux (…) et Pascal Guillaume. Puis d’autres amis sont venus. C’était spontané. Je n’avais pas de connaissances particulières, mais nous avons travaillé. À notre invitation, André-Gustave Madrignac nous a rejoint. C’est lui qui a choisi le nom de « Chœur grégorien de Paris » et qui a assuré notre première formation. Assez rapidement, à partir de 1976 nous nous sommes rendus à l’abbaye de Solesmes et avons travaillé une semaine par an, dix années de suite (…). Nous sommes extrêmement redevables à Solesmes pour tout cela (2). »
 1ere messe du CGP au Val-de-Grâce (19 juin 1977).
En 1985 le Chœur organise un premier congrès international de chant grégorien à Paris (une deuxième rencontre suivra en 2011). Dans cet époque-là est créée une classe de grégorien au Conservatoire national supérieur de Paris.

Si les concerts font partie de la vie du Chœur (la première tournée à l’étranger a lieu en 1986), elle s’exprime avant tout dans la prière et la liturgie, cadre naturel du grégorien. À partir de 1987, le chœur va vivre la Semaine Sainte dans l’abbaye de Fontfroide, à Narbonne. Le succès est tel que depuis 2013, la Semaine sainte est également célébrée à Roudnice (en République tchéque) et aussi, depuis 2015, en Normandie près de Granville, à l’abbaye de la Lucerne.

Le chœur a vécu aussi des concerts inoubliables, tel celui de 1989 avec Olivier Messiaen à l’orgue de l’église de la Trinité. Des tournées mémorables à travers l’Europe et part toute le planisphère (Corée, Japon, Chine, Liban, Égypte, Colombie, Philippines...) ont donné au CGP une renommée internationale, soutenu par une vaste discographie. En 1993 l’Académie des Beaux-Arts lui remet le Prix de chant choral Liliane-Bettencourt.
Le premier disque du CGP, en vinyle, publié par Erato en 1982.
D’autres événements dignes de mémoire sont la fondation en 1997 de la branche féminine (CGP-Voix de femmes), puis la reconnaissance canonique du CGP approuvée par le Diocèse de Paris l’année suivante, expression incontournable de la mission du Chœur au sein de la communauté ecclésiale parisienne.

Au fil du temps, tous ces richesses ont eu besoin d’un endroit géré par le CGP lui-même. C’était la naissance de l’École du CGP en 2007, qui reçoit depuis sa création des élèves de toute la planète qui viennent se former dans la discipline grégorienne, dans ses aspects aussi bien pratiques que les plus scientifiques, intégrés bien entendu au sein d’une intensive vie liturgique dimanche après dimanche, pendant tout le cycle liturgique catholique.

Le CGP au Japon (2005).

À la fin de l’année 2019 où le CGP a offert dix concerts en moins de six mois. Avec ces courtes lignes, toujours incomplètes et dans l’attente peut-être d’une véritable histoire du Chœur grégorien de Paris, je voudrais rendre un humble hommage à toutes les générations des chanteurs et chanteuses, en partant de ses fondateurs, qui, année après année, ont maintenu fortement présent et actif le CGP, en cherchant toujours l’excellence de son art, convaincus de la tâche historique qui a pour mission et service : donner la vie à la prière chantée de l’Église, en ce temps et dans cet espace ad gloriam Dei et sanctificatio hominum (3).                
Enrique Merello-Guilleminot

(1) Cf. Cité par BUCKLEY, P. (1988), Celestial canto gregoriano, Selecciones del Reader’s Digest, Février, 5.
(2) Cf; VIGNE, L.-M. (2018). On n’a pas besoin de restitution à l’heure actuelle. L’urgence, c’est la mémoire - Rencontre avec Louis-Marie Vigne, propos recueillis par Jacques Zeegers, Canticum Novum, 85, 3-4.
(3) Cf. Constitution Sacrosanctum Concilium, 112.