lunes, 19 de agosto de 2024

SAINT GRÉGOIRE ET LE GRÉGORIEN

L'une des figures les plus importantes du Moyen Âge chrétien, est saint Grégoire Ier qui a donné son nom à un répertoire conçu loin de son temps et de son espace. Quel rôle a vraiment joué cette personnalité en rapport avec le chant liturgique traditionnelle de l’Église ? Pourquoi cette association, venue du fond de l’histoire ?

Considéré comme le « père spirituel » du Moyen Âge pour son action pastorale, son œuvre écrite, (1) son zèle évangélisateur et sa capacité à gérer -malgré une santé faible- au milieu d’une époque d’agitations et de pestes, saint Grégoire fut «la figure la plus importante du premier millénaire catholique latin».(2) Et, premier pape-moine ou moine-pape d’après la Regula monachorum de saint Benoît, dans son propre palais sur la colline Celia devenu le monastère «Saint-André ad Clivum Scauri», l'office chanté communautaire ou opus Dei avait sa place centrale.

Bien qu’à présent personne ne doute que l’ensemble des pièces du répertoire grégorien ait été composé pour la plupart entre la deuxième moitié du VIIIe et la première du IXe siècle,(3) le thème de la attribution à Grégoire du grégorien a été dernièrement amplifié par l’historiographie, au point de laisser au personnage le rôle d’un simple parrain du chant grégorien. Sujet de longs débats dans les décennies passées, la doxa actuelle semble peu généreuse à ce sujet, et l’on parle de « légende » pieuse de saint Grégoire en rapport avec sa participation musicale concrète dans la consolidation de l’actuel chant grégorien.

Alors, il me semble juste de donner quelques précisions sur cette importante question, ainsi que de clarifier (et pourquoi pas revendiquer encore une fois) la figure de saint Grégoire, et non pas en tant que compositeur des pièces grégoriennes tel que nous les chantons actuellement ; mais plutôt comme son saint patron éclairé, un patron moins pour des raisons honorifiques qu’il n’aurait pas appréciées, lui qui se disait le plus humble servum servorum Dei, mais pour des donnés historiques incontestables. Parce que comme tout, les raisons ont un poids au-delà des opinions, étant donné que rien est dû au hasard. Les lignes qui suivent ont pour but d’essayer une réponse convenable.

1- LES DOCUMENTS

D’une part nous avons les faits, c’est à dire, un ensemble de documents plus ou moins proches de la vie du saint, mais tous tissés par et dans la Tradition. On sait bien qu’elle conforme avec l’Écriture et le Magistère, les piliers de notre foi.

a. Premièrement, le poème Gregorius præsul (Évêque [de Rome] Grégoire) mit devant de nombreux manuscrits grégoriens encore sans notation du IXe à XIe siècles, tels que le Graduel (auparavant appelé Cantatorium) de Monza (début du IXe siècle) ou l’Antiphonaire de Compiègne (IXe siècle), voulant attribuer le livre à Grégoire Ier:

Gregorius præsul meritis et nomine dignus,

unde genus ducit summum conscendit honorem 

qui renovans monumenta patrumque priorum

tum conposuit hunc libellum musicae artis

scolae cantorum. In nomine Dei sumni.(4)

Tandis que le Graduel de Mont-Blandin (VIIIe siècle), la référence est plus réduite mais attribuant l’antiphonaire (« l’Antiphonaire de saint Grégoire » duquel au présent n’existe aucun trace) dans toute l’extension de l’année liturgique au même personnage :

In D[e]i nomen incip[it] ant[e]f[ona]r[ius] ordinat[us] a s[an]c[t]o Gregorio per circulum anni.(5)

Il s’agit donc du reconnaissance à une certaine œuvre du pape consignée d’après une tradition déjà établie semblerait-il en ce temps-là. On pourrait avoir choisi sans provoquer de conflits un autre nom d’auteur, si ce qu’on cherchait était de donner l’autorité au livre de chants auquel ce texte préfacé, voulant l'imposer devant d’autres répertoires en usage en ce temps-là, étant donné que le contenu de ces livres était déjà le chant romain-franc qui venait d’être composé et dont on voulait d’établir dans l’empire carolingien à la place des usages (gallicans) locales.

b. Deuxièmement, c’est le Sacramentaire dit «grégorien», un livre réunissant notamment les textes des prières du célébrant - sans aucune référence au chant-, dont il y a trois versions:

  1. Celle faite sous le pape Adrian I (772-795) connue comme l’Hadrianum et copiée peut-être par saint Benoît d’Aniane vers 810-815 ;

  2. Le Sacramentaire grégorien de Trente, plus ancien encore (ca. 685-690) et de plus ample diffusion, notamment en la Gaule (il a été utilisé par Alcuin?) mais aussi en Angleterre ; et

  3. Le Sacramentaire grégorien de Padoue copié au milieu du IXe siècle et fruit d’une révision faite avant les autres, semble-t-il.(6)

Mais la réalité fera rapprocher ce célèbre Sacramentaire plutôt à Grégoire II (715-731) -si son auteur est effectivement un pape nommé Grégoire- qu’à Grégoire Ier lui-même.

c. Troisièmement, nous avons ses biographies, trois plus précisément, sources primaires de toutes les autres connues:

  1. La première appelée Vita Beatissimi Papae Gregorii Magni Antiquissima  écrite entre 704 et 714 (ou 680 et 704 selon d’autres auteurs) est due à un moine anonyme anglais de Whitby ;

  2. La deuxième (Vita beati Gregorii papae) est celle de Paul Diacre Warnefried (ca. 720 – ca.799), moine et écrivain de Mont Cassin,(7) rédigée vers l’an 760 ;

  3. Enfin la dernière (Vita Gregorii Magni) ayant comme auteur Jean Hymmonide dit le Diacre (?- ca. 882), a été rédigée entre l’an 872 et 875.

En ces biographies on trouve tous les aspects de sa vie largement connus, parmi lesquels son œuvre en faveur du chant liturgique d’alors, en faisant une compilation de pièces (dans un antiphonaire), et établissant les moyens pour la mettre en place d’après une institution pour la chanter (la schola cantorum). Or, on peut lire dans la Vita de Jean le Diacre : Deinde in domo Domini, more sapientissimi Salomonis, propter musicae compunctionem dulcedinis, antiphonarium centonem cantorum studiosissimus nimis utiliter scholam quoque cantorum quae hactenus eisdem institutionibus in sancta Romana ecclesia modulatur constituit.(8)

d. Finalement, nous avons des références abondantes à la dite « mission grégorienne » en terres britanniques de l’an 597, quand il envoie son disciple saint Augustin de Cantorbéry à la tête d’une bonne quarantaine de moines de « Saint-André ad Clivum Scauri » au Kent (sud-est de l’Angleterre) afin d ‘évangéliser ce peuple anglo-saxon.

Dans l’Historia ecclesiastica gentis anglorum de saint Bède le Vénérable on peut connaître l’action de l’abbé Jean, vers l’an 680: Accepit et praefatum Iohannem abbatem Brittaniam perducendum; quatenus in monasterio suo cursum canendi annuum, sicut ad sanctum Petrum Romae agebatur, edoceret; egitque abba Iohannes, ut iussionem acceperat pontificis, et ordinem uidelicet, ritumque canendi ac legendi uiua uoce praefati monasterii cantores edocendo.(9) De plus, au sujet de l’œuvre de saint Wilfrid de York datée vers l’an 709 saint Bède nous dit que cantatorem quoque egregium, vocabulo Maban, qui a successoribus discipulorum beati papae Gregorii in Cantia fueral cantandi sonos edoctus, ad se suosque instituendos accersiit, ac per annos XII tenuit; quatinus et, quae illi non noverant, carmina ecclesiastica doceret; et ea, quae quondam cognita longo usu vel neglegentia inveterare coeperunt, huius doctrina priscum renovarentur in statum.(10)

Le rôle de la musique « grégorienne » en cette entreprise missionnaire est tellement important que Jean le Diacre affirme : Hinc est quod hujus Gregorii tempore cum Augustino tunc britannias adeunte, per Occidentem quoque Romanae institutionis cantores dispersi, barbaros insigniter docuerunt.(11) Sans compter les expression du pape lui-même : Ecce lingua Britanniae, quae nil aliud nouerat, quam barbantm frendere, iam dudum in diuinis laudibus Hebraeum coepit Alleluia resonare. (12)

2- EN LISANT LES DOCUMENTS...

Nous venons de constater que les rapports entre saint Grégoire Ier et la musique liturgique de son temps sont étroits et soutenus par un socle documentaire solide. A tel point, qu’« on attribue à saint Grégoire le meilleur de la prière liturgique ». (13)

Quelques précisions :

a - Le contenu du Gregorius præsul à la mention de l’Antiphonaire qu’il aurait rédigé est remis en cause: sil s’agissait d’une compilation, d’une œuvre originale, s’il avait le caractère d’un archétype (14) ou s’il était un recueil de pièces de chant vieux–romain,(15) une hypothèse proposé par Helmut Hucke (16) dans les années ‘50 qu’au présent on ne peut pas soutenir, car le pape Grégoire Ier n’a été pas le premier à s’occuper du chant de la liturgie papale. En effet, depuis Damase Ier (356-384) on peut compter plusieurs papes agissant en cet domaine; par exemple, l’Ordo Romanus XIX exprime que fut Boniface II (530-532) qui « cantilenam anni circoli ordinavit ».(17)

b – D’autre part, au sujet de l’attribution à saint Grégoire des scholae cantorum (avec siège dit-on, au Vaticane et au Latran), il est possible qu’il leur ait donné une impulsion, même sans les avoir fondée strictu sensu avec ce nom devenu célèbre, car on sait bien que les papes du siècle précédent témoignent d’un grand intérêt pour établir des centres de pratique et/ou d’enseignement du chant liturgique. Sixte III (432-440) a fondé un monastère ad Catacumbas pour faciliter l’activité professionnelle des chantres ; saint Léon Ier le Grand qui les donne un autre monastère tout près du Vatican ; ou Hilaire (461-468) ajoute deux autres endroits dans Saint-Laurent-hors-les-Murs et à l’intérieur de Rome, appelé « Lune » dans les textes.(18)

c - Ce qui reste hors de discussion, semble-t-il, c’est la question du Kyrie elesion que Grégoire alternera à cette époque avec le Christe eleison; l'instauration du chant de l’alleluia pendant toute l’année liturgique sauf en Carême, ou bien la place du Pater noster après le Canon de la Messe. Toutes ces choses sont consignés dans une lettre à Jean de Syracuse de l’an 598.

Saint Grégoire Ier dictant au scribe, d'après le manuscrit Hartker (Saint-Gall 390-391). A noter qu’à l’époque de sa papauté il n’existait aucune forme de notation musicale. Ici, le notateur transcrit la mélodie dictée en neumes sangalliens !

3 – CONCLUSION

Les notateurs qui ont laissé le Gregorius præsul dans leurs livres de chœur se sont fait l'écho de l’action et de l’autorité musicale de Grégoire Ier à son époque. Néanmoins, les détails du célèbre Antiphonaire « ordonné et composé » par lui est une véritable énigme, car au présent il n’a rien resté de celui-ci.

En ce point, le thème de saint Grégoire Ier médiateur entre le plan divin et humain à travers la musique, faisant partie aujourd’hui de l'iconographie chrétienne, devrait être considérée comme le reflet de cette tradition ancienne qui a voulu honorer le personnage, en même temps que mettre en valeur les livres du nouveau chant en substitution des rites locaux.

Enfin : lattribution à une œuvre musicale fixée comme qu’un hommage devant des livres de chant grégorien fort importants, une supposition de paternité d’un petit livre des prières très répandu; des donnés documentaires biographiques et historiques qui démontrent l’activité de ce pape pour et par la musique liturgique chantée… Tout cela constitue des raisons suffisantes pour rendre indivisible ce répertoire vocal sacré de la personnalité de saint Grégoire Ier le Grand -en juste titre-, autant que la colombe à son oreille qui accompagne sa figure depuis le manuscrit d’Hartker, les fresques du Sacro Speco de Subiaco, jusqu'aux mosaïques de Saint-Paul-hors-les-Murs.


Enrique Merello-Guilleminot

Mon remerciement à Mme Lisette BIRON.

(1) Parmi ses travaux (Moralia in Job, Homélies, Règle pastorale...) il faut mentionner ici les Dialogues dont son second livre est la principale source biographique de saint Benoît de Nursie, le père du monachisme occidental.

(2) Cf. GUILMARD, J.-M. (2024), Au coeur du chant grégorien, Solesmes, p. 107.

(3) Le répertoire de la Messe aurait été créé vers 765 à Metz ; celui de l’Office séculier à Tours vers 800, et le répertoire de l’Office bénédictin (propre aux moines) à Saint-Denis, près de Paris, vers 835 [cf. GUILMARD, J.-M. (2006) A propos des origines du chant grégorien, 25 mai 2006, https://fr.zenit.org/articles/a-propos-des-origines-du-chant-grégorien/ ].

(4) « L'évêque [de Rome] Grégoire, digne par le nom comme par les mérites s’éleva à l'honneur suprême. Il rénova les monuments des anciens pères et composa [le texte de] ce petit livre d'art musical en faveur de la schola des chantres. Au nom du Dieu le plus haut. » Cette version reproduite est celle du Cantatorium de Monza. Il y a d ‘autres plus développées mais l’idée centrale est toujours de mettre à l’honneur à Grégoire comme responsable du livre concerné.

(5) « Au nom de Dieu commence l'antiphonaire ordonné par saint Grégoire pour le cycle de l'année. »

(6) Cf. ASENSIO, J. C. (2003): El canto gregoriano – Historia, liturgia, formas…, Alianza, Madrid, pp. 25-36.

(7) C’est à lui qu’on attribue le texte de l'hymne Ave maris stella et notamment l’Ut queant laxis pour la fête de saint Jean Baptiste, qui a donné nom aux notes musicales.

(8) « Dans la maison du Seigneur, comme un autre savant Salomon, et à cause de la componction et de la douceur de la musique, le plus zélé des chantres compila très utilement l'antiphonaire. Il constitua aussi la Schola cantorum, qui chante encore dans la sainte Église et d'après les mêmes principes» (cf. DIACRE, Jean, Vita Gregorii Magni II, 6).

(9) “Il accepta également que ledit Jean abbé, soit amené à faire en Bretagne, dans la mesure où il enseignait dans son monastère un cours annuel de chant, comme cela se faisait à Saint-Pierre de Rome. Labbé Jean fit comme il en avait reçu l'ordre du pontife, il observa l'ordre et le rite de chanter et de lire d'une voix vive, en enseignant aux chanteurs du dit monastère  » (cf. BEDE le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis anglorum, IV,18).

(10) «Il nomma également un excellent chanteur, nommé Maban, à qui les successeurs des disciples du bienheureux pape Grégoire dans le Kent avaient appris les sons du chant funéraire, pour l'instruire ainsi que les siens, et le garda pendant 12 ans; et il enseignait des chants ecclésiastiques, qu'ils ne connaissaient pas; et ces choses qui, une fois apprises, avaient commencé à vieillir à cause d'un long usage ou d'une longue négligence, devaient être renouvelées dans l'état ancien» (Cf. op. cit., V, 20).

(11) “C'est pourquoi, du temps de Grégoire, lors qu’Augustin vint alors en Bretagne, les chanteurs de l'institution romaine, dispersés dans tout l'Occident, enseignaient les barbares d'une manière remarquable » (cf. DIACRE, Jean, op. cit. II, 8).

(12) “Voici, la langue de la Bretagne, qui n'avait rien su d'autre que briser les barbares, commença depuis longtemps à faire résonner l’Alléluia hébreu dans les louanges de Dieu.” (cf. GRÉGOIRE le Grand, Moralia, sive Expositio in Job, XXVII, 11, 21).

(13) Cf. GUILMARD, op. cit. p. 118.

(14) Cf. HUGLO, M., « L'antiphonaire: archétype ou répertoire originel?» en FONTAINE, J. - GILLET, R. - PELLISTRANDI, S.-M. (éd)., Grégoire le Grand. Actes du Colloque de Chantilly (Chantilly, 15-19 septembre 1982), Paris 1986, pp. 661-669.

(15) Au début de 1890, lorsque dom Mocquereau, alors maître de chœur à l’Abbaye de Solesmes, partit pour l'Italie dans le but de visiter les bibliothèques de la péninsule et de photographier les documents qui témoignent le graduel Iustus ut palma il a trouvé un type de cantillation qui était pratiqué dans la liturgie papale vers le VIIIe siècle et qui, mélodiquement, était encore loin d'être le grégorien que nous connaissons, bien qu'il n'en soit pas indépendant du point de vue liturgique. Ce chant appelé plus tard vieux-romain ou ancien chant romain, n'est attesté que par trois manuscrits d'écriture tardive : le graduel Roma (Bibl. Vat. Lat. 5319), le graduel Rome (Archivio San Pietro F22) et l'antiphonaire Rome (Archivio di San Pietro B79), tous du XIIe siècle. Puis, en 1951, deux autres livres plus anciens encore furent découverts à Londres dans une librairie de livres anciens par dom Hourlier et dom Michel Huglo : le graduel de Sainte-Cécile du Trastevere C74 (1071) et l’antiphonaire Londres British Library Ms. Add 29988 (deuxième moitié du XIIe siècle). Il faut compter à cela au moins six d’autres fragments trouvés, lesquels sont au présent en étude.

(16) Cf. VIRET, J. (2017), Le chant grégorien. Des origines à nos jours, Eyrolles, p. 58.

(17) Cf. GUILMARD, J.-M., op. cit. p. 117.

(18) Cf. Liber Pontificalis 46, 13; 47,11 et 48 [cité par MAYMÓ I CAPDEVILA, P. (2013), El ideario de lo sacro en Gregorio Magno (590-604). De los santos en la diplomacia pontificia, Universitat de Barcelona, p. 167].


lunes, 12 de agosto de 2024

ELOGIO A JUANA DE IBARBOUROU

 

                             

De niña estuviste a mi lado,

En manchas extasiada

Viendo allí el Amazonas con sus monos y guacamayos,

El bicornio del Sire o el perfil de Barba Azul;

Con tu nodriza venida de las sierras de Aceguá

Compartiendo juegos y estrellas,

Cuando las lanzas blancas y los fusiles colorados.


Más tarde el fervoroso reflejo tuyo

Fue el homenajeado, fue el amor y la vida,

Brillante y frondosa lengua;

Tu raíz salvaje, a donde no volviste, pues dijiste:

No hay cielo que se recupere ni Edén que se repita,

Dejando de un frescor sin relojes

El paraíso del recuerdo, el divino cántaro.


De joven ya, embelesada

Como de niña de las escenas bíblicas,

Portal a otros mundos sagrados,

Alabaste los loores

De Nuestra Señora del Cielo, y su manto

Te protegió de infortunios

Venideros, y pasados.


¿Es posible, luego, sola, tras el Capitán,

Con el hijo que amaste hasta el dolor extremo,

Perdida, encontrada

En lo alto de la cumbre de todos los honores,

Escapar a la erosión del tiempo,

Como la esquiva Esfinge

Que cantó el vate de Bilbao?


Hoy, desposada con América

(No lo digo yo, sino Zorrilla),

También perdida mi chance de encontrarte

En esta tierra, ida ya, pasajera en destino,

no hay palabras justas para agradecerte

el canto rodado de tus palabras,

el sortilegio de tu legado.

Angers, 10 de agosto de 2019

(C) Tomado de Merello-Guilleminot, E. (2021) - Dialogos - Poesías y relatos varios, España, BoD.

Mención Especial en la categoría "Poesía" en el concurso "Antología Por amor a Juana" organizado por el Movimiento Cultural "Juana de América" (Piriápolis, Uruguay, 2023).

 Imagen: Juana de Ibarbourou, foto de Elena Bazterrica (ca. 1924)

 

sábado, 6 de enero de 2024

LA NAVIDAD Y SUS FULGORES

De todos los tiempos y fiestas del calendario cristiano, sin duda que el ciclo de la Navidad -desde el Adviento hasta la Epifanía- es el que me moviliza más emociones, desde la profundidad de su misterio y su brillo refulgente en la alta noche. Es allí, en el momento en el que el celebrante entona el Gloria gregoriano durante la Misa de Gallo, cuando todos nos sentimos estrechamente hermanados en el acontecimiento inefable de un Dios hecho hombre. El Pesebre ya completo lo anuncia y lo proclama, mientras parece invitarnos con la antigua melodía: Venite, adoremus!

Vengo de un país en el que a la Navidad, la cultura oficial llama “Día de la Familia” desde 1919 (1). Mis recuerdos, por ende, en el marco de una infancia dorada, la asocia a grandes reuniones de una familia feliz, a O du Fröeliche, o du Selige o el infaltable Stille Nacht, heilige Nacht salidos de un vinilo de los Niños Cantores de Viena, o a las más cercanas vidalas y chamamés de la inolvidable “Navidad nuestra” de Ariel Ramírez, con sus “Que Dios te salve María, la más bonita kuñatai” de la Anunciación. Todo en torno a una mesa colmada de delicias europeas a la hora del brindis, tras la regular carne asada venida de los gauchos, otro curioso sincretismo. 

 

Esta navidad de 2023 conmemoró el 800° aniversario del primer Pesebre o Belén creado por san Francisco de Asis en Greccio, Italia. Según lo describe san Buenaventura, el pesebre era viviente (con humanos y animales representados en los roles bíblicos). Imagen: Pesebre de la Catedral Saint-Maurice de Angers, Francia.

Por entonces el Pesebre y sus misteriosas figuras, junto al infaltable y perenne arbolito navideño con sus adornos primorosos, constituía ciertamente el lugar del misterio trascendental a las palabras, más allá de los regalos que iban a llegar cuando diera la medianoche.

¿Por qué esas figuras? ¿Por qué ese pino decorado con tantas luces y colores, todo lo cual preparábamos con esmero y antelación? Ahí estaba el Niño Dios, allí estaban rodeándolo el aliento cálido de un asno y un buey, porque "conoce el buey a su dueño, y el asno el pesebre de su amo,” (2) enseñándonos lo que por el filtrado de nuestro raciocinio excesivamente cartesiano, 2 + 2 son 4, a nosotros, Pueblo de Dios, nos resulta difícil discernir. Y estaba la mirada amorosa de la Virgen María, “puerta del cielo siempre abierta”, como enseña la antífona mariana de estos días,(3) y estaban San José, del linaje de David, el rey músico, los humildes pastores, los enigmáticos Reyes Magos, todo lo cual mi escueto catecismo le confería la justa aureola de maravilla.

OTRA DOCENCIA NAVIDEÑA A TRAVÉS DEL ARTE

El paso del tiempo, y en particular el estudio y práctica del canto gregoriano hicieron que la Navidad cobrara una dimensión distinta, acaso más desconectada del entorno: si bien la fe cristiana es eminentemente celebrativa y comunitaria (es bien sabido que la familia cobra su lugar preponderante en la historia de la Salvación), Dios habla a cada uno de nosotros en la profundidad de nuestros corazones.

Y a descubrir las maravillas de este repertorio único del Adviento, que parten como en una soberbia obertura del introito Ad te levavi, en "subida" hacia la gran fiesta del Sol de Justicia. Una subida que se hace intensa, rica, plena de regalos para el alma dispuesta a dejarse llevar de estos encantos, y no solo los que encontraba bajo aquellos lejanos arbolitos de Paysandú, la entrañable ciudad de mis mayores, o de Montevideo, mi ciudad balcón al sur, y la de mi propia familia.

En efecto, a la Navidad se accede como por peldaños, gracias a las antífonas "O" de las vísperas de sus últimos días, con su repetición formulada y admirativa hacia Quien es la Sabiduría, el Adonai, la Raíz de Jessé, la Llave de David, el Oriente, el Rey de las naciones, el Emmanuel, todos títulos mesiánicos: una a una nos conducen desde la sabiduría (el 17 de diciembre) hasta Quien habrá de nacer en el hoy eterno,(4) el divino Emmanuel (el 23 de diciembre) anunciado por los profetas, que es el Cristo de Dios. Una subida, en fin, sugerida en cada una de estas piezas,(5) abarcando seis de las notas de la gama musical, de re a si/sib, o aun todas ellas desde el do, si consideramos la pretónica que es rozada tras la cesura del versículo:

 

 
El neuma “llave” a esa subida exclamativa, es el podatus initio debilis sobre la "O" (tomado del Antiphonale Romanum II, Solesmes, MMIX, p. 43).

Si; subimos hasta la Navidad para contemplar el Dios que se abaja a nuestra naturaleza más frágil, a nuestra humanidad mas desprotegida, tal y como lo vemos en los Pesebres del mundo en la figura de ese Niño que viene de nacer, un Dios encarnado que se hace hombre para que nosotros participemos de su inmanente divinidad, lo cual ciertamente es el tesoro oculto que lleva todo cristiano. Y esto, lejos de ser un oxímoron teológico, es un hecho histórico colmado de certezas: los que sabemos de su presencia real "que excede todo conocimiento"(6) en nuestras vidas, no podemos sino que emocionarnos e ilusionarnos mientras se suceden esas cuatro semanas que preparan el Gran Día.(7)

Después vienen más obras maestras del repertorio gregoriano, partiendo de los introitos de las tres misas de la Natividad del Señor: Dominus dixit, en el que el Padre y el Hijo dialogan en la intimidad del Espíritu Santo, en la misa de la noche; Lux fulgebit, el anuncio del nacimiento histórico bajo la Estrella de Belén, en la misa de la aurora, con sus destellos verdaderamente visuales; y finalmente Puer natus, en la misa del día, una pieza colmada de alegría que se expande a los cuatro vientos, desde su brillante quinta ascendente del primer neuma. Es una expresión magistral de que las tinieblas dan paso a la luz, la epifanía de Dios nos alcanza a todos, a todos los pueblos, a todas las naciones, a la condición humana en su plenitud. 

 

El Coro gregoriano de París interpretando el introito Puer natus durante la Exposición universal de Nagoya, Japón, en 2005 (https://youtu.be/77gg7KpvF9g?si=uSC4ziBCT3Tb74Jt ).

HACER DE CADA DIA UNA NAVIDAD

El recuerdo de aquellas tantas navidades luminosas junto a mi familia, se superponen a aquella lejana e irrepetible compartida junto a los amigos del Coro gregoriano de París en Alejandría, cuando nos encontrábamos en gira por el País de los Faraones. O tantas otras posteriores, entonando esas piezas como tantas otras soberbias -en su justo título- que nos ha dejado la tradición musical de la Iglesia, lo que tenía como lugar privilegiado la flamígera iglesia de Saint-Séverin de París. Entonábamos y entono hoy y siempre el gregoriano, y siento que con ello estoy más cerca de los ángeles que anunciaban cantando el nacimiento del Unigénito de Dios en Belén, lo cual -corresponde reconocerlo- es un privilegio de quienes nos valemos del arte de los sonidos para la alabanza divina, tanto dentro como fuera de la Liturgia: hacerse uno con los ángeles del Cielo, sea en castellano o en guaraní, como en la gran obra de Ramírez; en alemán, francés o no importa qué lengua, como en tantas otras joyas de la tradición popular; y especialmente en latín, la lengua de la Iglesia de Roma desde el lejano siglo IV.

En este mundo que pareciera darle la espalda a las realidades supranaturales por sospechosas o “incomodas”, y ya decía Bernanos que la civilización occidental es ante todo “una conspiración universal contra toda forma de vida interior”,(8) los fulgores de la Navidad, llamados a perdurar a lo largo de todo el año, son fehacientemente el portal a una trascendencia que nos ha sido arrebatada en dosis homeopáticas, y que empero por derecho propio nos pertenece. Es al cristiano a quien corresponde prolongar aquel hoy eterno, para que esa epifanía sea un perpetuo llamado a la conversión y luego a la alabanza: venite adoremus...

Enrique Merello-Guilleminot

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(1) Sin contar, naturalmente, a los países de cultura islámica, junto a China y Corea del Norte, el Uruguay comparte ese dudoso podio mundial del escepticismo institucionalizado: ciertamente, “como el Uruguay, no hay”, tal como repetían nuestros mayores, aunque aquí sin ánimo de elogio.

(2) Cf. Is. 1,3.

(3) La antífona de Completas del Adviento y Navidad Alma Redemptoris Mater.

(4) Es ésta, precisamente, la docencia de la antífona del Magnificat Hodie Christus, del mismo día de Navidad.

(5) Conviene precisar que el ms. Hartker (St. Gall 390/391) registra doce de estas antífonas (ff° 40-41), y por tanto cinco de las cuales no están transcriptas ni en el Antiphonale Monasticum de 1934 ni en las ediciones solesmenses del presente siglo.

(6) Cf. Ef 3,19.

(7) Qué pueden decir, uno se pregunta, los escépticos de la historicidad de Jesús de Nazaret, de ayer como los de hoy, tal como Michel Onfray, cuando no es ni en los escritos de Flavio Josefo, Tácito, Suetonio, Mara bar Serapion, ni siquiera en el papiro P52 (Papyrus Ryl. Gr. 457, i J. Rylands Library, Manchester), donde hay que buscar las pruebas documentales, sino en el testimonio vivo de los millones y millones que lo confiesan hoy y hace dos mil años como Hijo del Dios altísimo.

(8) Cf. BERNANOS, G. (1946), La France contre les robots, éditions France Libre, Rio de Janeiro.

sábado, 25 de noviembre de 2023

A JORGE LUIS BORGES

 

Tarde fue en mi mediodía
que al borde de Maipú al novecientos
noventa y cuatro me allegué;
ya no estaban
ni tu bastón ni tus palabras
entrecortadas
como el astro oblicuo
entre la pérgola de los patios fervorosos;
 
Ya no estaban
tus palabras certeras
como la daga del lejano cuchillero,
las guitarras gauchas,
los aljibes que atrapan la plata lejana,
el laberinto de tus etimologías
en los confines del abismo,
el horror de los espejos.
 
Ni menos aun
los juegos con la memoria y el tiempo,
despoblados estantes sin aliento
donde Chesterton o De Quincey;
el caos meticuloso,
tus omnipresentes muertos,
y tu Patria que es un poco la mía
en razón de colores y de geografías.
 
En este hoy sin almanaques te sé
junto a ese otro polímata
por poco ya olvidado,
al fin compartiendo metáforas
en horas lánguidas
por la generosa benevolencia
de ese propósito ético
al que llamaste Dios:
El mismo a Quien te dirigiste “por si acaso”
intuyendo la luz
que en décadas te fue vedada,
en tu postrero Padrenuestro. 
 
Me queda tu vasto universo
poblado de inexorables diagonales,
sin igual en los siglos castellanos,
y aun la esperanza del encuentro mañana,
a efectos de compartir
estos versos apenas insinuados.
 

(C) Enrique Merello-Guilleminot

1er Premio en Poesía en el Certamen literario organizado por la Asociación Calabresa Mutual y Cultural de Buenos Aires (Argentina), noviembre de 2023

Imagen: Internet

lunes, 13 de noviembre de 2023

“NOW AND THEN”, O EL RETORNO DE THE BEATLES

Doce días atrás se dio a conocer por parte de la banda de música pop más importante de la historia un trabajo discográfico presumiblemente conclusivo de su carrera. Un acontecimiento que involucra a octogenarios en plena actividad e impacta especialmente en el corazón de babyboomers como quien esto escribe, crecido en lo fermentales años ‘60. 

Se trata del tema “Now and then” de The Beatles, publicado en plataformas de streaming el 2 de noviembre -Día de Difuntos- al que precedió en la víspera un cortometraje documental de 12’ dirigido por Oliver Murray (con la historia tras “Now and then”) y luego al día siguiente su videoclip respectivo con dirección de Peter Jackson. La pieza está disponible desde el 3 de noviembre en vinilo y cassette como sencillo doble cara A junto a una nueva mezcla de “Love me do”, que fuera su primer éxito en 1962, lo que viene a ser una suerte de “Hello, goodbye”. Asimsimo integra una reedición con nuevas mezclas y materiales de los álbumes compilatorios Red y Blue (1973), en formato vinilo y CD. 

En estas líneas permítaseme referirme a este acontecimiento -lejos de mi especialidad, lo reconozco- habida cuenta de la importancia superlativa de los Fab Four, de las múltiples reacciones que ha generado la obra, de su carácter una vez más revolucionario en el buen sentido, y por qué no, de cuanto significa este grupo musical en el plano personal.

Imagen promocional del doble sencillo “Now and then” / “Love me do” 

El origen de la pieza se remonta a 1977 o 1978, cuando en su domicilio neoyorkino John Lennon registra valiéndose de un grabadora de cinta Sony CF-580 y acompañándose de su piano un conjunto de cuatro demos: “Free as a bird” y “Real love”, piezas retrabajadas por los sobrevivientes del grupo en 1995 (Sir Paul Mc Cartney, George Harrison y Sir Ringo Starr) e incluidas en el proyecto retrospectivo multimedia The Beatles Anthology (1995-1996), «Grow Old With Me», pieza finalmente publicada en el disco póstumo de Lennon Milk and Honey (1984) y «Now and Then». Esta última, prevista para el tercero de los doble CDs del Anthology, finalmente fue entonces descartada en razón de un persistente zumbido de baja frecuencia imposible de erradicar, así como de la imposibilidad de separar el piano de la línea de canto para lograr una pista vocal depurada. Aquí es donde intervino la tecnología, en lo que devino un verdadero rescate histórico de esta “canción perdida”. 

LA INTELIGENCIA ARTIFICIAL (IA), UN MONSTRUO CON CABEZA 

En noviembre de 2021 el multioscarizado Jackson presentó la miniserie The Beatles – Get back, un documental musical de 7 hs 47’ que registraba las sesiones de trabajo (ensayos, grabaciones) de la banda en vistas a un último concierto en la azotea de Apple Corp., todo lo cual reducido a su mínima expresión se pudo ver en el film Let it be de 1970. Las novedades aquí fueron múltiples: la inmersión arqueológica que emprendió el citado director sobre horas y horas de filmación, recuperó el verdadero espíritu de esas sesiones pero en lo técnico impactó al mundo con la recuperación digital de imágenes (parecieron haberse filmado ayer) y sonido, esto último a partir de la IA. Se trata del software llamado MAL (Machine audio learning) (1) con el cual se pudo aislar sonidos de una única pista o recuperar diálogos casi perdidos, y todo esto con una claridad apabullante. Ese fue el Hilo de Ariadna para que “Now and then” saliera a la luz veintiocho años después de haberse guardado en un cajón...

Lo cierto es que, en música popular, Los Fab Four pareciera que siguen señalando un antes y un después. En efecto, la innovación siempre estuvo en el ADN de la banda británica, en cuanto a la obra musical (el “producto” musical) strictu sensu y al mismo marketing, que tiene que ver con la difusión, algo sin lo cual ningún artista hoy puede hacer conocer su trabajo. Innovaron rompiendo las barreras entre lo clásico y lo popular, abordando (y experimentando) distintos géneros,(2) recurriendo a instrumentos tradicionales, interactuando en el proceso creativo con las técnicas de grabación en las que también innovaron en procedimientos como el Artificial Double Tracking (ADT), el uso de la retroalimentación sincronizada, los empalmes loops de audio, el efecto estéreo o el microphoning. Innovaron también en el desarrollo del disco conceptual, la inclusión de las letras de las canciones, el arte de portada, etc. 

Y aquí quiero detenerme, pues estamos ante el hecho histórico que normalmente se deja de costado; los puristas, rechazando la categoría canónica de verdadera canción de The Beatles, y los demás tocados por la inevitable magia de descubrir una nueva canción del grupo musical que acompañó sus vidas, la vida de varias generaciones. En efecto, una vez más rodeados de grandes, como suele ocurrirles a los personajes de la historia no importa de cuáles grandes empresas, como antes con Brian Epstein o George Martin, aquí la sociedad de Mc Cartney y Starr con Peter Jackson les permitió valerse de esta tecnología MAL: la IA al servicio de la música, no para crear sintéticamente productos inexistentes (3) sino para permitir el “milagro” de recuperar un material producido cuarenta y cinco años atrás con un equipamiento doméstico, y luego sin duda (alea jacta est) lo que acaso abrirá las puertas para revisitar la voluminosa discoteca mundial registrada durante más de un siglo: imagínese usted tener la posibilidad de escuchar cómodamente en su living las grandes voces del pasado y/o de las grandes orquestas en reediciones aisladas de ruidos, completamente restauradas. Es verdad que la IA resulta inquietante, pero lo que debiera interpelarnos es el uso que se le da a las tecnologías.(4) En lo personal nunca me opuse a ellas, cuando su aplicación es en favor del bien común, y éste sin duda es el caso. 

 

 Encuentro virtual en estudio de The Beatles grabando el último trabajo oficial de su catálogo discográfico (imagen tomada de https://www.youtube.com/watch?v=Opxhh9Oh3rg ). 

 EL PROBLEMA DE LA AUTENTICIDAD 

“Now and then” se presenta como “la última canción de The Beatles”, y uno podría preguntarse: ¿no era “The End” la última canción, título éste que cierra Abbey road (1969)? ¿O más bien “Her Majesty” esa breve pista oculta (de vuelta una novedad), tras 15’’ de silencio que se escucha tras la misma? ¿O acaso “I Want You (She’s So Heavy)” del mismo álbum, cuando los cuatro integrantes se encontraron por última vez en los estudios de Abbey Road de Londres para trabajar en sus mezclas, un 20 de agosto de 1969? 

En realidad, la pieza es en justo título una canción aparecida bajo el sello beatle, tanto como “Free as a bird” o “Real love” editadas en 1995, y si bien en una etapa conclusiva de una carrera por la ausencia física de dos de sus miembros, constituye el digno epílogo de su discografía en razón de que: 

1) Todos intervienen en su interpretación, una razón contundente, aun cuando en el catálogo oficial se cuentan (numerosas) piezas como “Yesterday” (Help!, 1965), “Blackbird” o “Good night” (The Beatles, 1968) donde solamente es uno de ellos quien participa en la versión final de la pieza en cuestión. 

2) Están los mismos dichos del propio Mc Cartney, en acuerdo con Starr -los sobrevivientes de la banda – y los cónyuges supérstites de los ya desaparecidos, así como sus hijos. Y si lo expresan ellos mismos, pareciera ser razón suficiente para aceptar las cosas como son, aunque el año 1970 (cuando oficialmente se separaron), sus flores, agitación y psicodelia, esté irremediablemente lejano en el tiempo. 

3) La inscripción “For Paul” que el propio Lennon -según transcendió- habría escrito en el cassette fuente de la canción supondría la voluntad de su autor de una colaboración con los otros beatles. Más allá de ello, el hecho de haber sido entregado por Yoko Ono Lennon a los otros integrantes de la banda expresa la intención de una re-elaboración futura, a efectos de hacer de ella otro éxito del cuarteto británico, de entre su vasto edificio de 214 composiciones, incluyendo a la misma.(5)

Convengamos, lejos de estas consideraciones que el problema es de orden afectivo, aceptando el hecho de lo redituable de la “industria de la nostalgia”: la evocación de experiencias felices proporciona placer, y eso está en la naturaleza humana. Crecimos con la certeza que la actividad del grupo llamado The Beatles abarcó la década de 1960, y ahora resulta que varias años después hay más canciones originales, y luego más actividad de estos artistas. “Disonancia cognitiva”, se podrá argüir, y aquí vaya si la expresión suena más que apropiada. Una obra desarrollada con el concurso de tecnología de punta que aquí no crea sino que contribuye a un mejor resulta artístico, ¿no es un hecho loable? ¿No está esto inscripto en el tradicional método de trabajo de este grupo a lo largo de su carrera, -sobre todo a partir de 1966- donde las tecnologías de última generación jugaron un rol decisivo? 

Luego está el videoclip, un trabajo contrafáctico de Jackson que contrasta a la nostalgia de la composición de Lennon, ese encuentro imposible en estudio de los cuatro músicos registrando (precisamente) esa última colaboración colectiva, para lo cual el director echó mano a imágenes de archivo y actuales, resultando de esto un video que tenía por fin consignar ese adiós, en clave de emoción conclusiva. 

Es una pena que muchos críticos le hayan cargado las tintas a este proyecto, invocando subjuntivos de toda clase, o directamente calificándolo como una profanación; pero al fin y al cabo, la función del crítico es criticar (lo sé por experiencia propia), por lo que estos despechos me resultan tolerables. 

UN BREVE ANÁLISIS 

La pieza de marras de 4’08’’ es una balada rock nostálgica en tonalidad de la menor donde, tras un conteo inicial que hace un guiño al del primer surco (“I Saw Her Standing There”) del primer álbum de la banda Please, please, me (1962), su autor canta con perentoria voz sobre el amor y la ausencia, en un texto concebido para una pieza algo más lenta (80 bpm en lugar de 88 bmp), y alrededor de 1’ más larga. 

Formalmente la canción grabada por John Lennon constaba de tres versos (estrofas) y el coro (estribillo) que comienza con las palabras “Now and then I miss you” (“de vez en cuando te extraño”) al que le antecedía un pre-coro modulante e incompleto que se decidió excluir: 

 

Melodía de la sección eliminada (imagen tomada de David Bennett Piano (https://www.youtube.com/watch?v=Xk88M4ABo_4&t=313s ) 

La versión final de “Now and then” es pues bipartita (dos versos-coro-verso-coro-puente instrumental-verso-final), lo que le da más equilibrio aunque pierde parte del ambiente propio del Lennon de esos años, dado por la línea melódica meditativa y sobre todo su modulación. 

La instrumentación, deja a su voz acompañada de guitarras que había grabado Harrison, más la batería y pandereta de Starr; el bajo, piano, y clavicémbalo eléctrico de Mc Cartney, a lo que se le agregó un solo de guitarra slide de este último al estilo de Harrison. Asimismo, se incluyeron samples de coros de The Beatles donde todos participan: canciones como “Because” (Abbey road), “Eleanor Rigby” y "Here There and Everywhere" (Revolver, 1966), y una sección de cuerda compuesta por Giles Martin (hijo de su productor histórico), McCartney y Ben Foster,(6) y grabada en secreto en Capitol Studios de Los Angeles, EEUU. El resultado es pues inconstestablemente una canción de muy buena factura y sonido beatle, lo que parece confirmarlo el recibimiento tan favorable que obtuvo, al punto de alcanzar el 1er puesto de venta en el Reino Unido. Otro hecho extraordinario, tras cincuenta y cuatro años de su último primer puesto en el Official charts británico (7) con “The Ballad of John and Yoko” publicado en sencillo en mayo de 1969, y hecho curioso, también grabado por dos de los Fab Four, en ausencia de los otros. 

LA ÚLTIMA REVERENCIA 

 “La tercera es la vencida”, se suele decir. Y si con “The End” The Beatles anunciaron sobre el final de Abbey road el fin de su aventura, con esa frase a manera de epitafio que parece perfecta: “and in the end, the love you take is equal to the love you make” (“y al final, el amor que te llevas, es equivalente al amor que das”), luego fue “Real love”, la que suponía un cierre de su producción musical. Su videoclip, en efecto, mostraba los símbolos identitarios del cuarteto de Liverpool ascendiendo a los cielos: instrumentos musicales, uniformes de la banda alter ego del Sargento Peppers…, todo se iba y parecía irreversible. Nadie -ni siquiera los beatles sobrevivientes, me atrevería a afirmar- se esperaban una última canción, una última reverencia… ¡en 2023! Lo que significó una suerte de conmoción planetaria que hizo recordar aquel fenómeno de masas llamado beatlemania.

 


Final del videoclip de “Now and then” (imagen tomada de https://www.youtube.com/watch?v=Opxhh9Oh3rg ). 

Como los grandes artistas que salen varias veces a escena a agradecer los aplausos de su público, los Fab four cierran así esta larga coda de su obra completa; obra que forjó un cambio cultural sin precedentes y sin el cual el arte y seguramente la sociedad serían bien diferentes. Obra, en fin, colmada de bellezas, siempre sorprendente y de fresca novedad, resistente al tiempo como es propio de lo clásico. 

Sí, en este mundo angustiado por la guerra, los desastres naturales y toda clase de injusticias, vivir la experiencia extraordinaria de la 1era audición de una canción de The Beatles resultó tan distópico como generador de emociones cruzadas. De vez en cuando recibir esta clase de regalos inesperados, alumbra esa chispa de felicidad que nos mantiene vivos.(8)

Enrique Merello-Guilleminot

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(1) En homenaje también a Mal Evans (1935-1976), quien fuera road manager, amigo de The Beatles e incluso participante en varias de sus grabaciones, omnipresente en esas grabaciones de la última hora de la banda; e incluso a HAL, el recordado computador del film 2001: Odisea en el espacio (1968).

(2) Incluso en piezas de música concreta, como el caso de “Revolution 9” (The Beatles, 1968), obra controversial que llega a interpelar sobre los límites de la categoría musical, con el perdón de los vanguardistas de primera mitad de siglo.

 (3) Hablando de “Now and then” ya están en la web versiones alternativas, por ejemplo en el estilo beatle de 1964. Pero esto reviste gravedad cuando se clonan las voces para cantar –o decir– palabras nunca expresadas, lo que supone un riesgo para los derechos de autor y/o de propiedad. 

(4) Hoy parecieran estar fuera de discusión los dúos virtuales del pasado, como los de Nathalie Cole con su padre Nat “King” Cole (“Unforgettable”, 2012), el que realizara Charles Aznavour con el holograma de Edith Piaf en 1997 (“Plus bleu que tes yeux”), o el show en vivo con el holograma de Michael Jackson, tras su fallecimiento (“Slave to the rythm”, 2014), estos dos últimos versiones actualizadas de la técnica llamada el “Fantasma de Pepper” creada en 1862. E incluso ya no se discuten más los ABBAtars de la residencia de concierto ABBA Voyage de Londres, con las imágenes holográficas de la banda sueca cantando sus canciones previamente grabadas, todo lo cual se refería en última instancia al álbum Voyage (2021) editado cuarenta años después de la aparición del último trabajo de ABBA en 1981.

(5) Después están la historia (¿premonitoria?) de la escultura de Chris Giffin comprada en 1997 por los Harrison, un reloj hecho con materiales reciclados, en donde se lee “Now and then”. Una imagen de la misma ilustra la contratapa de los vinilos de la nueva canción; o incluso, acaso rizando el rizo, el vínculo de la letra con lo que trascendieron fueron las últimas palabras de Lennon a Mc Cartney antes de su asesinato: "My old friend, won't you think about me every now and then?" (mi viejo amigo, ¿pensarás en mí de vez en cuando?).

(6) Ben Foster (1977) es un reconocido compositor británico sobre todo por su trabajo en la serie de la BBC Torchwood y como orquestador de Murray Gold para la serie de televisión Doctor Who del mismo canal

(7)Cf.https://www.instagram.com/reel/CzeWr5bNYT7/?utm_source=ig_web_copy_link&igshid=MzRlODBiNWFlZA%3D%3D

(8) El 2 de debrero de 2025 "Now and them" obtuvo el Grammy a la "Mejor interpretación de rock". La página de los Grammy registra 26 nominaciones de esta banda británica, y un total de 8 premios obtenidos (cf. https://www.grammy.com/news/2025-grammys-nominations-full-winners-nominees-list )

sábado, 2 de septiembre de 2023

BREVE RELACIÓN SOBRE LA DESAPERCIBIDA MUERTE DE UN SOLDADO EN TUYUTÍ

Como los demás, estaba a la espera de instrucciones. Sería ya media mañana de ese 24 de mayo de 1866. Allá a lo lejos, entre los palmares vio un tumultuoso movimiento, pero a ojo desnudo, loma de por medio, nada más que eso podía distinguir. El sudor y su chaqueta roja ya eran una sola cosa.

Recuerda cuando recibió la convocatoria de parte del Mariscal. “Precisamos de todos”, dijo. “La Patria está en peligro”. Entonces, se despidió de su mujer con un beso en la frente y después de sus tres hijas de tres, seis y cinco años. El abrazo fue apretado, interminable. “Tanderovasá” se escuchó decir, antes de abandonar el rancho asunceño. El día no había aún clareado cuando con su vetusto fusil de chispa y su machete a la cintura se hizo a la marcha, con la certeza de hacer lo que correspondía hacer. Nada más, ni tampoco nada menos.

No era la primera vez que la Patria se encontraba bajo la misma amenaza. Taita guasú, el padre de su padre se había batido a la orden de Andresito. Y tras la selva, en los tiempos de los pa’is, cuando los bandeirantes incursionaban una y otra vez en la región, sus antepasados estuvieron en servicio, con las lanzas afiladas, dispuestos a darlo todo por defender lo propio, que es precisamente lo que hace de algunas guerras, según escuchó de sus superiores, “no sin pena, guerras legítimas”, por cuanto “la guerra nunca es cosa buena”. Así que esta circunstancia en la que se encontraba no era historia nueva, antes bien, apenas la rememoración de otra tan antigua como luctuosa.

Ahí estaba, apostado en uno de los dos batallones puestos bajo la orden del General Resquín, mientras dejaba pasar el imperioso tiempo espantando moscas y mangangaes. La noche había sido quieta y felizmente fresca, pero presintió en ese frescor el frío de la muerte, o peor aún, el presagio de una jornada nefasta para todos. Más allá de las tiendas de los oficiales alcanzó a adivinar la figura de Madame Lynch aquí y allá, departiendo con unos y con otros. “Tiene el magnetismo de su marido”, pensó. Algunos diálogos horadaban el silencio como ansiosa bayoneta.

                                    

Los primeros intercambios de fuego tuvieron lugar sobre el mediodía. El sol ya estaba fuerte. La misión dispuesta era cruzar el estero Bellaco norte primero por el paso Yatayty Corá. La tierra de nadie, esos dilatados potreros apenas interrumpidos por pequeños bosques de arbustos achaparrados y palmares, seguramente habría que atravesarla bajo el fuego enemigo, pensó. Se dio la orden de avanzar. El soldado apagó su cigarro, sorbió tres veces el mate ya lavado y frío, y al son del clarín inició la marcha.

Recordó a su kuña, a sus hijas pequeñas, en tanto se adentraba con dificultad en medio del estero antes de cruzar el paso Lequizamón. Más allá, ocho regimientos de caballería se hacían camino rumbo a las posiciones enemigas, cuya artillería ya había comenzado a arremeter, con su sesgada lluvia de muerte. Entendió entonces que empezaba su combate, y que la suerte estaba echada.

Ore Ru, yvágape reiméva,

toñembojeroviákena nde réra,

ta ore añuãmba ne mborayhu…

Y efectivamente tuvo suerte. Imbuido en la plegaria, como queriendo exorcizar el estruendo del fuego y del cañón, con el corazón caliente encontró su destino cuando dos disparos le atravesaron el pecho. “Muero por la Patria”, alcanzó a decir entre borbotones de sangre, antes de fijar la mirada al Cielo.

Postrado desde entonces tras infinidad de sufrimientos, este añoso escribiente es quien deja por escrito estos sucedidos, una vez más padeciendo mientras escribe y con obstinada claridad, el horror de esas casi cinco horas dantescas de la primera de Tuyutí.

Agradezco a Tupã Ñandejára la fortuna de poder registrar para la posteridad las últimas horas de ese soldado, de ese héroe, un mártir como los que se cuentan miles, un mártir de quien nunca supe su nombre.

(C) Tomado de Merello-Guilleminot, E. (2021) - Dialogos - Poesías y relatos varios, España, BoD.

Imagen:  "Batalla de Tuyutí" (detalle), pintura de Cándido López (1840-1902).